John, fils de John
a h-aon / un
Elle avait les pieds violet foie de veau. Voilà ce que lui avait dit son père avant de raccrocher. Depuis la cabine téléphonique rouge qui se trouvait au bas des Meadows, Cal regardait les rugbymen s’étirer dans l’herbe grasse. Leurs shorts blancs leur moulaient les fesses et, sous le tissu rendu translucide par la fine bruine, il distinguait les lignes élastiques de leur slip. Il n’avait écouté que d’une oreille la lecture du Nouveau Testament.
Son père n’avait jamais été un grand bavard. Leurs coups de fil ressemblaient donc à un échange avec une hotline, comme s’il téléphonait à l’horloge parlante pour régler sa montre. La pertinence de la comparaison avait fait rire son père, car John Macleod croyait en effet que l’esprit avait besoin d’un étalonnage régulier, opération que Cal réalisait chaque jeudi à 18 heures précises et deux fois le jour du Seigneur.
Comme il n’avait pas les moyens de passer des appels longue distance vers les îles, ils avaient inventé un signal : il appelait à la maison à une heure prédéfinie, laissait sonner trois fois, puis raccrochait. Son père le rappelait immédiatement. Cela l’obligeait à arriver en avance et à faire semblant de parler à quelqu’un pour être sûr d’avoir la cabine.
Il avait mis du temps à trouver le parfait lieu de culte, une cabine solitaire qui ne soit pas collée à une autre. Quand son père déclamait le psaume, Cal était censé le reprendre en gaélique avec toute la force de sa foi. Mais quand un homme particulièrement séduisant passait, il baissait la voix, gêné, et chaque fois, sans faute, John lui demandait pourquoi il hésitait. Les regards des promeneurs le mortifiaient. Ainsi, il passait une bonne partie du temps les yeux fermés ou dos au sentier. Il avait remarqué qu’il ne chantait jamais mieux que lorsqu’il faisait défiler entre ses mains les cartes laissées près du téléphone par les prostituées et les masseuses.
Pour toutes ces raisons, il aimait les Meadows. Les pentes verdoyantes du parc contribua
