Visite de Pâques
Hester se tient dans l’encadrement de la porte. Hester est ma cousine. Moi je suis courbé à mon bureau, j’étudie une carte, je ne lève pas le nez. Je la sens inspecter la chambre des yeux. Son regard passe de ma manche au lavabo, parcourt le couvre-lit, revient à ma main. Il tourne autour de mes tempes comme une abeille ivre, me frôle l’oreille et se pose sur ma lèvre. J’ai peur, si je bouge, de me faire piquer à l’œil.
Elle se déplace si légèrement que je n’ai pas conscience de sa présence près de mon coude, jusqu’au moment où je vois une main fine, couverte de taches de son, placer une soucoupe de lait devant moi. Je suis sûr qu’il est empoisonné, mais je ferme les yeux et je l’avale d’un trait. Quand je les ouvre, elle n’est plus là.
Hester se tient au pied de mon lit. Ma cousine Hester, enveloppée d’un drap. Elle m’appelle par mon nom, mais je ne réponds pas. Je suis allongé nu sur les couvertures, les yeux grands ouverts dans le noir. Elle tient le drap gravement au-dessus de sa tête, et sa bouche s’élargit en un large sourire involontaire.
Elle longe mon lit, se guidant à tâtons le long de ma jambe. Puis elle passe la paume sur mes reins, furtivement, comme une enfant touchant les boules de marbre d’une statue. Je retiens mon souffle tandis que sa main remonte mon flanc. Pile au moment où elle va se glisser dans le creux de mon aisselle, je lui attrape le poignet et je tire. Son corps nu glisse sur le mien ; elle me niche entre ses genoux et se balance d’un côté à l’autre. J’enfouis les doigts dans ses cheveux. Ils sont humides aux racines, comme l’herbe sauvage qui pousse dans les marais. Ils sont de toutes les couleurs comme l’herbe sauvage à la fin de l’hiver, quand la glace commence à fondre, quand le sol gelé se craquelle en flaques et que l’eau remonte dans les semelles. J’enroule ses cheveux sur mes phalanges ; elle se redresse jusqu’à ce que sa bouche ouverte soit posée sur la mienne, et elle plonge en quête de ma langue.
« Ta langue est enracinée co
