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Théorie de la métamorphose

Philosophe

Nous avons profondément transformé le monde et la Terre, et pourtant ce changement nous paralyse. Nous nous refusons à en accompagner les conséquences par un changement de nous-mêmes. La conversion d’un côté et la révolution de l’autre sont deux modèles d’action de l’homme sur lui-même et le monde. Mais seul le modèle de la métamorphose invite à un devenir où l’homme ne se complaît pas dans sa puissance.

J’en ai souvent rêvé. Me renfermer dans un cocon, peu importe lequel. Une pièce de mon appartement, une maison de campagne dans un pays lointain, un sous-marin au fond de la mer. Couper toute relation au monde et s’abandonner au travail de la matière. Sentir mon âme se tailler et se souder à nouveau sous une nouvelle forme. Éprouver une force qui la cisèle, qui la change de part en part. Se réveiller et ne rien retrouver de ce que je croyais appartenir à mon moi. Se réveiller et s’apercevoir que même le monde qui m’entoure est irréparablement différent – en texture, en intensité, en luminosité.

J’en ai souvent rêvé. S’enrouler dans la soie jusqu’à couper toute relation au monde pendant des jours et des jours. Se construire un œuf tendre et candide à l’intérieur duquel laisser travailler son corps. Traverser un changement à tel point radical que le monde lui-même ne sera plus le même. Ne plus pouvoir voir de la même manière. Ne plus pouvoir entendre de la même manière. Ne plus pouvoir vivre de la même manière. Devenir irreconnaissable. Habit...

Emanuele Coccia

Philosophe, Maître de conférences à l'EHESS