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Politique

La grande impensée des Zintellektuels Zélyséens

Professeur de littérature et médias

Que peuvent nous apprendre les huit heures de « Grand débat » mené par le Président Macron avec une soixantaine d’intellectuel·les dans le Palais de l’Élysée ? Faut-il y saluer un pouvoir politique (enfin) à l’écoute de la France qui pense ? Faut-il y dénoncer un piège, une nasse polie où se seraient laissées enfermer des victimes consentantes ? On préférera y repérer le symptôme d’une énorme impensée – qui touche au cœur des simplifications rabâchées au titre de la « post-vérité ».

Le 18 mars 2019, le Président de la République française, Emmanuel Macron, flanqué d’une demi-douzaine de ses ministres, a invité une soixantaine d’intellektuel·les au Palais de l’Élysée pour discuter des problèmes du pays, en conclusion du « Grand Débat » qui s’est déroulé au cours des semaines précédentes. La séance-marathon a duré plus de huit heures, diffusées en direct sur France Culture jusqu’à minuit, mais poursuivie jusque tard dans la nuit, et disponible en intégralité sous forme de captation vidéo[1]. À tour de rôle, chacun·e a eu quelques minutes pour exprimer ses analyses, ses suggestions et ses questions au Président. Au bout de quelques interventions, regroupées par l’animateur de la soirée, le sociologue et journaliste Guillaume Erner, le Président a répondu – longuement et systématiquement – à ce qu’il jugeait bon de retenir dans ce qui lui avait été dit.

L’ambiance était grave et sérieuse, mais conviviale. L’hôte a commencé par serrer personnellement la soixantaine de mains qui lui étaient tendues. Tout le monde lui a parlé de la façon la plus respectueuse et la plus polie. La règle du tour de parole a été strictement respectée, personne ne jugeant p...

Yves Citton

Professeur de littérature et médias, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, co-directeur de la revue Multitudes