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Les arbres disent « nous »

Philosophe

Il serait naïf de penser que l’importance accordée à la voix des arbres, dont témoigne l’exposition Nous, les arbres de la Fondation Cartier à laquelle Emanuele Coccia a participé en tant que conseiller scientifique, leur façon de dire « nous » et « moi », soit un caprice intellectuel. Leur reconnaître une intelligence, une conscience, une subjectivité, et jusqu’à une personnalité juridique, est une urgence lorsqu’il s’agit de sauver la planète. Il ne suffit pas de seulement blâmer des démons abstraits comme le capitalisme et l’industrie. Les villes sont des forêts dont nos vies sont faites. Sauver les forêts, c’est aussi sauver les villes. Arrêtons de penser que la forêt est à l’extérieur, au loin, à la campagne, dans un autre pays, sur un autre continent.

Au cours des cinquante dernières années, une étrange révolution a définitivement et irrémédiablement modifié le paysage culturel européen. Cette révolution n’a rien à voir avec les innovations technologiques ; au contraire, elle est allée dans la direction opposée à ce que le progrès scientifique aurait dû et aurait pu encourager. On pourrait presque la voir comme la revanche des dinosaures – des espèces culturellement archaïques, que tout le monde considérait comme destinées à l’extinction, ont trouvé, comme magiquement, l’élixir inattendu d’une nouvelle jeunesse.

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Ce qui s’est passé c’est que les institutions de production et de conservation du savoir se sont inversées : le musée et l’université ont chacun assumé le rôle et les attitudes de l’autre. D’une part, les musées, institutions liées avant tout à l’idée de culture entendue comme patrimoine à préserver, archiver et protéger, ont cessé de vouloir se concentrer sur le passé. Avec la naissance de musées publics et...

Emanuele Coccia

Philosophe, Maître de conférences à l'EHESS