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Politique

Repenser la politique: la philosophie à l’épreuve du présent

Chercheur en philosophie

Face à l’émiettement contemporain des enjeux politiques, il importe de repenser une convergence des luttes qui ne repose pas simplement sur l’abstraction idéale d’un citoyen anonyme et désubjectivé. Ni indifférenciation, ni sur-individuation : il semble que la question écologique puisse aujourd’hui devenir le fer de lance de cette double exigence, laissant sa part au singulier, sans renoncer au commun.

Qu’est-ce qui rassemble une grève des personnels hospitaliers, les Gilets jaunes, la protestation écologique de Greta Thunberg, une grève de cheminots, le mouvement Me Too, l’aide de l’Aquarius aux migrants en Méditerranée, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Nuit Debout… ? A priori rien. Différentes échelles, différentes temporalités, différents problèmes, différentes revendications : on tient là suffisamment de différences pour en déduire une hétérogénéité profonde, un émiettement contemporain des enjeux politiques. Le motif de la « convergence des luttes » a été un indicateur de cette nouvelle complexification et de cette nouvelle problématisation des combats politiques. « Sexe, classe, race » en est un autre. Paraît définitivement révolu le temps où l’on pouvait résumer en un mot – la construction de l’État-nation, la conquête de la République, la révolution prolétarienne – les objectifs d’un siècle et des générations qui s’y croisent.

Déjà au XIXe, l’émergence de la « question sociale » avait introduit un bouleversement profond des problèmes politiques traditionnels. Elle obligeait à intégrer les enjeux du travail et de ce que Marx nommait la « lutte des classes » à l’agenda des questions classique...

Jean-Baptiste Vuillerod

Chercheur en philosophie , Agrégé et docteur en philosophie