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Société

Le corps du citoyen : violence et démocratie

Historienne

Le renoncement à la violence est la condition de la démocratie. Elle trace une ligne rouge qui distinguait citoyens et esclaves au temps de la démocratie grecque, citoyens et nègres au temps de la colonisation, citoyens et manifestants, gilets jaunes, grévistes aujourd’hui. Ceux qui croyaient être du bon côté, qui se croyaient blancs, ont fait l’expérience de leur négrification et découvert que leurs corps mutilés, agressés, tués, ne sont pas les lieux sacrés de la démocratie.

L’inviolabilité du corps du citoyen est un principe fondamental de la démocratie athénienne. L’atteinte au corps du citoyen, et plus largement l’agression ou l’usage de la violence, définit un crime de lèse-démocratie. Héritières revendiquées du régime athénien, les démocraties européennes se sont également construites sur le principe que la violence devait être transcendée par la médiatisation politique et l’application de la loi, cette dernière confiée aux forces de l’ordre, elles-mêmes responsables devant la nation et encadrées par la justice.

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Dans cet héritage, nous reconnaissons que le renoncement à la violence est la condition de la démocratie, et c’est bien ce recours à la violence qui est unanimement condamné par les représentants du régime actuel : le gouvernement bien sûr, qui depuis 2018 accuse les manifestants contre la loi Travail, les gilets jaunes, aujourd’hui les ...

Aurélia Michel

Historienne, Maîtresse de conférence à l'université Paris-Diderot