Écologie

Pour une taxe Gen Z

Politiste

Selon le nouveau rapport du Global Carbon Projet, les émissions fossiles de CO₂ atteindront un niveau record en 2025. Rester sur la même trajectoire climatique revient déjà à épuiser le budget carbone permettant de limiter le réchauffement à 1.5°C. Alors que les activités humaines fracassent le socle sur lequel reposent nos sociétés, sur quels outils et mesures s’appuyer pour contenir l’emballement du système Terre ?

Est-ce vraiment d’une taxe Zucman dont nous avons besoin, ou ne serait-ce pas plutôt d’une taxe Gen Z (génération Z). Son principe serait simple : que tu sois milliardaire ou smicard, tu as le droit de consommer « 1 ». C’est tout, pas plus. Le débat ? Quel est ce « 1 » que nous aurions le droit de consommer, de telle sorte qu’il permette de contenir l’emballement du système Terre ? Dans un monde où les ressources sont illimitées et où le fait de les consommer est inoffensif pour les autres, le principe de justice « premier arrivé, premier servi » est compréhensible. On peut même considérer comme juste des écarts de revenus de 1 à 10 ; de 1 à 100 ; voire de 1 à 1 000 000 000. Mais ça n’est pas le réel. C’est un fantasme, un délire de fumeurs de moquette.

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Non seulement les ressources sont limitées, mais à chaque fois que nous consommons nous hypothéquons l’avenir. En langage clair : à chaque fois que nous consommons, nous entravons l’existence des jeunes. À l’instar de Cronos, nous sommes des bouffeurs d’enfants.

Mais avant de parvenir à désirer l’indésirable, la limitation, un préalable est nécessaire : comprendre l’ampleur des incidences de la poursuite de notre trajectoire climatique sur nos sociétés. Ces dernières années d’expériences de recherche au croisement des géosciences, des sciences de l’éducation et de la science politique m’ont permis de proposer une vision de ce à quoi vont ressembler nos sociétés si nous restons sur la même trajectoire climatique. Ce que « je vois dans ma tête » lorsque je travaille, qui est concordant avec ce que « voient d’innombrables chercheurs », je l’appelle 2049. Je conçois 2049 non comme une date, mais comme une image. Celle d’un monde à venir explosé par les ruptures que nous créons sur la Terre. C’est une image difficile à voir ; c’est le réel en train de se faire, appréhendé à partir d’un faisceau d’analyses scientifiques.

Pour cela il est nécessaire de maîtriser une boîte à outils, constituée de savoirs bio géophy


[1] Timothy M. Lenton et Hans Joachim Schellnhuber, « Tipping the scales », Nature climate change, vol. 1, 2007 ; Timothy M. Lenton et al., « Climate tipping point – too risky to bet against », Nature, vol. 575, 2019 ; David I. Armstrong McKay  et al. (2022). « Exceeding 1.5°C global warming could trigger multiple climate tipping points », Science, vol. 377, 2022.

[2] Peter J. Gleckler et al., « Industrial-era global ocean heat uptake doubles in recent decades », Nature Climate Change, vol. 6, 2016 ; Daniel J. Wieczynski, Holly V. Moeller et Jean P. Gibert, « Mixotrophic microbes create carbon tipping points under warming », Functional Ecology, vol. 37, 2023.

[3] Drew Shindell, et al., « Quantified, Localized Health Benefits of Accelerated Carbon Dioxide Emissions Reductions », Nature Climate Change, vol. 8, 2018.

[4] Katrin M. Nissen et Uwe Ulbrich, « Increasing frequencies and changing characteristics of heavy precipitation events threatening infrastructure in Europe under climate change », Natural Hazards and Earth System Sciences, vol. 17, 2017.

[5] Paul D. L. Ritchie et al., « Shifts in national land use and food production in Great Britain after a climate tipping point. », Nature Food, vol. 1, 2020.

[6] David S. Battisti et Rosamond L. Naylor, « Historical Warnings of Future Food Insecurity with Unprecedented Seasonal Heat », Science, vol. 323, 2009.

[7] James Hansen et al., « Ice melt, sea level rise and superstorms: evidence from paleoclimate data, climate modeling, and modern observations that 2 °C global warming could be dangerous », Atmospheric Chemistery and Physics, vol. 16, 2016.

Nathanaël Wallenhorst

Politiste, Enseignant-chercheur à l'UCO

Rayonnages

Écologie

Notes

[1] Timothy M. Lenton et Hans Joachim Schellnhuber, « Tipping the scales », Nature climate change, vol. 1, 2007 ; Timothy M. Lenton et al., « Climate tipping point – too risky to bet against », Nature, vol. 575, 2019 ; David I. Armstrong McKay  et al. (2022). « Exceeding 1.5°C global warming could trigger multiple climate tipping points », Science, vol. 377, 2022.

[2] Peter J. Gleckler et al., « Industrial-era global ocean heat uptake doubles in recent decades », Nature Climate Change, vol. 6, 2016 ; Daniel J. Wieczynski, Holly V. Moeller et Jean P. Gibert, « Mixotrophic microbes create carbon tipping points under warming », Functional Ecology, vol. 37, 2023.

[3] Drew Shindell, et al., « Quantified, Localized Health Benefits of Accelerated Carbon Dioxide Emissions Reductions », Nature Climate Change, vol. 8, 2018.

[4] Katrin M. Nissen et Uwe Ulbrich, « Increasing frequencies and changing characteristics of heavy precipitation events threatening infrastructure in Europe under climate change », Natural Hazards and Earth System Sciences, vol. 17, 2017.

[5] Paul D. L. Ritchie et al., « Shifts in national land use and food production in Great Britain after a climate tipping point. », Nature Food, vol. 1, 2020.

[6] David S. Battisti et Rosamond L. Naylor, « Historical Warnings of Future Food Insecurity with Unprecedented Seasonal Heat », Science, vol. 323, 2009.

[7] James Hansen et al., « Ice melt, sea level rise and superstorms: evidence from paleoclimate data, climate modeling, and modern observations that 2 °C global warming could be dangerous », Atmospheric Chemistery and Physics, vol. 16, 2016.