Le ministre-jedi, les ténèbres et le citoyen
Le 25 septembre dernier, Jean-Noël Barrot prononce devant les étudiants de l’Harvard Kennedy School un discours dont le contenu lui a semblé suffisamment significatif pour être partagé avec le public français, à la fois sur le site du ministère et dans une « pièce de doctrine » de la revue en ligne Le Grand Continent intitulée « La Puissance de la démocratie ». Malgré ces efforts, le texte n’a pas eu le retentissement qu’il méritait. Il est pourtant une parfaite illustration d’une obstination élitaire et d’une incapacité à saisir les enjeux comme les causes de la crise démocratique que nous traversons.

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères décrit une démocratie, à la fois européenne et américaine, affaiblie par des ennemis extérieurs et intérieurs et qu’il s’agit de réparer, constat sur lequel chacun s’accordera. L’argumentaire commence par le chapitre du roman national consacré à Lafayette avant de se rabattre sur « des faits » : la démocratie conduit à la prospérité économique et au bien-être, vérité scientifiquement démontrable, ou au moins économiquement attestée[1].
Mais voilà, les citoyens, mal informés, n’ont plus le sentiment d’y trouver leur compte et n’apportent plus à la démocratie le « soutien populaire » dont elle a besoin. Le courage mais à vrai dire surtout le discernement des citoyens sont alors les remèdes que propose M. Barrot en s’appuyant sur l’exemple, paradigmatique pour sa philosophie politique, de Star Wars.
La réactivation de tous ces poncifs qui font à la situation actuelle une cote si mal taillée nécessite une réponse parce qu’elle émane du chef de la diplomatie. Il faut savoir prendre son parti de la congélation du débat politique français et lui donner sens au moment où la situation de la démocratie évolue si rapidement. Reprenons successivement les différents points de cette argumentation.
Le cadre institutionnel démocratique est donc réputé performant économiquement ; il est vecteur de croissance et de développem
