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Quelle survie est-ce là

Réalisatrice

Son court-métrage Faces under Fire, réalisé en 2024, a été projeté en France récemment, et c’est d’ailleurs ici que cette cinéaste gazaouie a pu se réfugier. Elle livre un témoignage, et ce qu’il s’agit d’entendre n’est pas seulement la peur de la mort mais l’après et la survie.

Avons-nous vraiment survécu au génocide ?

Sur le balcon de l’un des amis que j’ai rencontrés à Paris, après mon long exode de Gaza vers l’Égypte puis vers la France, je me suis tenue à regarder la pluie comme on se contemple dans un miroir lointain. Le ciel pleurait, alors j’ai décidé de laisser mes larmes le rejoindre. Elles sont tombées pour la première fois depuis des mois, comme si elles sortaient de sous les décombres, tendant la main pour se sauver.

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Et à chaque goutte, un morceau de moi qui n’avait pas encore survécu s’effondrait. Si quelqu’un m’avait vue, il aurait dit que mon visage ressemblait à un tableau dans un vieux musée – un tableau qui raconte la misère humaine et sa douleur.

Quelques semaines seulement avant la guerre, mon mari et moi avions acheté une maison avec tout ce que nous avions économisé durant des années de fatigue. Ce n’était pas une maison luxueuse, mais un petit rêve d’une vie stable. Puis, sans le moindre avertissement, comme un ogre fondant sur sa proie, l’extermination s’est abattue sur nous. Et en quelques jours, la nouvelle est tombée : notre ancienne maison détruite, la nouvelle réduite en cendres. J’étais toujours au cœur du massacre. Je n’avais pas le luxe de m’effondrer, ni même de comprendre – tout ce que je voulais, c’était sauver mes enfants.

Quand mon frère m’a appelée récemment, sa voix était rauque, comme si la poussière des ruines s’était installée dans sa respiration. Il m’a dit que la maison de mes parents – la maison de famille, celle qui nous rassemblait autour de la même table – n’existait plus. À cet instant, j’ai senti la terre se fendre sous mes pieds. C’était le même jour où, debout sur le balcon parisien, je me suis enfin abandonnée aux larmes. J’ai pleuré tout ce que la peur m’avait forcée à repousser. J’ai pleuré notre maison, l’odeur de notre café, le visage de ma mère ouvrant la porte chaque matin. J’ai pleuré mon père, désormais sans toit. J’ai pleuré parce que j’étais ici, en sécurité, loin d’e


Rajaa Khaled Ayesh

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