Politique

Contre-futur

Philosophe

Comment imaginer une nouvelle politique de libération, quand les forces d’émancipation n’ont jamais été aussi esseulées géopolitiquement et que le Venezuela est sous le coup d’une prise de terre impérialiste ? En proposant un contre-futur : seule une réappropriation du futur permettra de donner un coup d’avance aux espoirs de libération. Cela requiert une forme d’idéalisme, d’affirmation utopique opposable aux visions de fins du monde.

« Is the endless still unbound
Or am I just different now ? »
Oklou, « Endless », 2025

«À quoi bon des poètes en temps de détresse ? » est une question que nous lègue le poète Hölderlin ; je repose cette question, mais pour interroger, par temps de détresse, la pensée de la politique. Son futur est encombré par les archives des pensées très utilisées, à moitié éventrées dans les ruines du temps – terres radioactives, enfer climatique, pays capturés par des impérialismes obscènes, intelligences synthétiques rechignant à obéir à des dictateurs trop bornés.

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Libérer le futur de la pensée politique est pourtant nécessaire, afin d’imaginer une politique de la libération – mais par où commencer ? Par un diagnostic de la situation périlleuse dans laquelle les sociétés humaines sont entraînées, d’intensification du régime de guerre, contre des nations aussi bien que contre des ennemis déclarés « intérieurs », de prises impériales de territoires comme on le voit avec le Venezuela et auparavant avec l’Ukraine, et de restriction des libertés. Lorsque la géopolitique mondiale tourne au carnage généralisé, les puissances de libération doivent accepter, quand bien même c’est difficile psychologiquement, leur esseulement.

C’est à partir de ce diagnostic, et en interrogeant les pensées décoloniales et certaines approches de la gauche radicale, qu’il deviendra possible de nommer ce qu’il nous faut, à savoir un futur relancé, ou plutôt réouvert, évitant aussi bien l’engluement dans le passé que la solution apocalyptique qu’elle génère comme son double inversé. Non pas le futur, dominant, de la Silicon Valley et des nouvelles conquêtes impériales (états-unienne ou russe), mais le futur de l’émancipation : le contre-futur.

Ou sinon, à quoi bon.

Dynamique et stratégie

Heureux le temps encore bien proche où l’on pouvait se demander si « les années 1930 sont devant nous » : le fascisme contemporain, se demandait-on, ressemble-t-il au fascisme d’antan ? Ce qui s’annonce aujourd’hu


Frédéric Neyrat

Philosophe, Professeur dans le Département d’Anglais de l’Université du Wisconsin à Madison