Raser l’enfance
Dans le 13e arrondissement, au foyer éducatif Jenner, géré par l’association Jean-Cotxet, un enfant de huit ans, Eliott[1], a été rasé en guise de sanction disciplinaire. L’acte ne s’est produit ni dans le secret ni dans la honte. Il a été accompagné de moqueries, filmé, puis diffusé dans une boucle WhatsApp professionnelle entre éducateurs. Autrement dit, l’humiliation ne s’est pas ajoutée au geste : elle en constituait la condition même, pensée pour circuler, être vue, partagée, commentée entre adultes investis d’une autorité sur l’enfant.

La scène telle qu’elle apparaît dans la vidéo et dans l’image diffusée par les médias, mérite d’être décrite avec une précision rigoureuse, car c’est dans cette matérialité exacte que le rapport de pouvoir se donne à voir. L’enfant, Eliott, est assis sur une chaise, torse nu. Ses bras sont croisés sur sa poitrine, non comme un geste d’assurance ou de fermeture volontaire, mais comme un réflexe élémentaire d’autoprotection par lequel le corps tente de se tenir face à ce qui lui arrive. Une éducatrice se tient debout. D’une main, elle actionne la tondeuse ; de l’autre, elle maintient la tête de l’enfant, la contraint à l’immobilité. Le crâne est déjà à moitié rasé. Une ligne irrégulière traverse la tête : d’un côté, la peau nue ; de l’autre, subsiste une mèche de cheveux, dérisoire, fragile reste d’une continuité corporelle en train d’être supprimée. Les cheveux tombent au sol par plaques, sans solennité, comme des déchets ordinaires.
Rien, dans le geste, n’indique l’hésitation ; tout procède d’une exécution assurée, tenue, maîtrisée. L’enfant ne crie pas. Il ne bouge pas. Son regard ne rencontre aucun regard. Dans la première vidéo, l’éducateur qui filme lui lance : « On va t’appeler double-face ». Un autre enfant qui assiste à la scène s’exclame : « On dirait Aladin ! » Eliott ne sourit pas, il reste assis sur sa chaise. Le silence de son corps contraste avec l’activité des adultes, qui sans aucun doute parlent, commen
