A quoi rêvent encore les Iranien.ne.s ?
Alors que le bain de sang, les mitrailleuses et le carnage sont devenus les seules médiations entre un régime islamique droit dans ses bottes et armé jusqu’aux dents et la société iranienne, on assiste à une déflagration entropique des forces sociales sous la forme de manifestations spontanées qui se propagent à une vitesse toujours plus grande à travers le pays. Privées d’organisation, de partis politiques et de structures capables de les faire entendre, ces révoltes s’élèvent désormais dans un pays plongé depuis plus de trois cent cinquante heures dans un blackout où le régime tue sans témoin.

Ici à l’étranger, nous attendons un appel, un message, une voix de nos proches engloutis dans la pénombre numérique. Et de l’intérieur, les rares nouvelles qui parviennent (transmises au risque d’être repérées par la surveillance des échanges avec l’étranger) parlent de la torture des manifestant.e.s arrêté.e.s, des checkpoints disséminés dans les villes, et d’un brouillard épais de détresse et de deuil. Atterrés par tant de cruauté, à l’intérieur du pays comme à l’étranger, nous pleurons nos morts pour l’instant. Et nous ne comprenons pas ce que vaut le sang versé des Iranien.ne.s dans ces chiffres et ces équations : 837 ou 800 exécutions suspendues à la demande de Trump ; 25 % de droits de douanes contre les pays commerçant avec l’Iran ; mise en balance avec 3 428 ou 16 500 ou plus de 20 000 morts auxquels s’ajoutent près de 8 000 yeux crevés par des balles.
Sidéré, parfois surgit un rire jaune devant le milieu MIGA (Make Iran Great Again) et ses espoirs projetés sur des « Batmen » américains ou israéliens, censés venir arracher le turban des mollahs pour le transformer en couronne sur la tête d’un prince héritier chassé de l’Iran depuis quarante-sept ans. Comme si, dans leur marche vers la liberté, les Iranien.ne.s n’avaient à choisir qu’entre les balles du régime islamique et les bombes américaines, ou entre deux dictatures (celle des Mollahs ou celle d’un Shah
