Culture

Ce que Taylor Swift nous apprend sur la politique

Philosophe

« I hate Taylor Swift! » s’exclama Trump après l’annonce de son soutien pour Kamala Harris. L’intervention du registre des fandoms, que la chanteuse maîtrise parfaitement, dans la vie politique éclaire l’interpénétration des brands et de celle-ci. L’attachement des fans est converti en valeur monétaire et en pouvoir par le marketing affectif.

Le nom de Taylor Swift est devenu synonyme non seulement de succès musical mais aussi d’un empire économique et d’une image méticuleusement gérée. Mais l’influence de la chanteuse américaine est récemment sortie des sphères sociale et culturelle pour se manifester sur le terrain politique.

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Longtemps critiquée pour son silence sur ce sujet, Taylor Swift a commencé à utiliser les médias sociaux pour encourager l’engagement civique dès 2018, après son progressif engagement pour la cause LGBT+. Son simple appel à l’inscription sur les listes électorales a déclenché des pics d’activité sur les plateformes d’enregistrement[1]. Cette mobilisation, surnommée le « Swift Effect », a révélé un pouvoir jusqu’alors latent : la capacité d’orienter une cohorte démographique cruciale (les jeunes électeurs) vers les urnes.

Au moment des élections de mi-mandat de 2018, elle annonçait par un post sur Instagram[2] qu’elle voterait pour le candidat s’engageant pour les droits et « la dignité de TOUS les Américains » et c’est ensuite en 2024 qu’elle a déclaré explicitement son soutien à Kamala Harris[3]. L’artiste expliquait que le dévoilement tardif de son camp politique avait été rendu nécessaire par la circulation de deep fakes la faisant passer pour trumpiste. Depuis longtemps les médias attendaient et sollicitaient cette prise de position politique en spéculant sur l’impact qu’elle pourrait avoir sur le résultat des élections. Le post a immédiatement provoqué un impressionnant écho médiatique et a été suivi par la réplique de Trump : « I hate Taylor Swift! » Ce message, diffusé via Truth Social, est certes laconique mais son style n’est pas pour autant irréfléchi. Le candidat républicain s’adressait en fait à l’une des plus nourries communautés de fans du monde en adoptant les codes du genre, notamment le langage des anti-fans ou « haters ».

Il nous faut donc effectuer une digression sur les fandoms (communauté de fans) pour comprendre la pertinence de cette rhétorique pui


[1] Dans les deux jours qui ont suivi la publication du message original de la star en 2018, Vote.org (plateforme pour s’inscrire sur les listes électorales) a enregistré 212 871 nouvelles inscriptions d’électeurs à travers le pays, la majorité se trouvant dans la tranche d’âge des 18 à 24 ans (alors qu’en octobre 2016, on comptait en moyenne environ 13 000 inscriptions par jour). Le post publié à l’occasion de la présidentielle de 2024 a entraîné 405 999 personnes à visiter le site Vote.gov le lendemain de sa publication. Cette fois les visites sont directement attribuées à Swift, puisqu’elles proviennent du lien personnalisé qu’elle a partagé.

[2] « In the past, I’ve been reluctant to publicly voice my political opinions, but due to several events in my life and in the world in the past two years, I feel very differently about that now. I always have and always will cast my vote based on which candidate will protect and fight for the human rights I believe we all deserve in this country. […] I cannot vote for someone who will not be willing to fight for dignity for ALL Americans, no matter their skin color, gender or who they love », post sur Instagram, 8 octobre 2018, ayant obtenu 2 222 869 likes.

[3]« I will be casting my vote for Kamala Harris and Tim Walz in the 2024 Presidential Election. I’m voting for @kamalaharris because she fights for the rights and causes I believe need a warrior to champion them. », post sur Instagram, 11 septembre 2024, ayant obtenu 11 598 915 likes.

[4] On dit que l’une des premières communautés fut celle des fans de Jane Austen.

[5] Cornel Sandvoss, « One-Dimensional Fan. Toward an Aesthetic of Fan Texts », American Behavioral Scientist, Vol. 48 No. 7, 2005.

[6] Jonathan Dean, « Politicising Fandom », British Journal of Politics and International Relations, 19 (2).

[7] Melissa A. Click, Anti-Fandom Dislike and Hate in the Digital Age, New York University Press, 2019.

[8] Jonathan Gray, « Antifandom and the Moral Text », American Beh

Anna Longo

Philosophe, Directrice de programme au Collège International de Philosophie

Notes

[1] Dans les deux jours qui ont suivi la publication du message original de la star en 2018, Vote.org (plateforme pour s’inscrire sur les listes électorales) a enregistré 212 871 nouvelles inscriptions d’électeurs à travers le pays, la majorité se trouvant dans la tranche d’âge des 18 à 24 ans (alors qu’en octobre 2016, on comptait en moyenne environ 13 000 inscriptions par jour). Le post publié à l’occasion de la présidentielle de 2024 a entraîné 405 999 personnes à visiter le site Vote.gov le lendemain de sa publication. Cette fois les visites sont directement attribuées à Swift, puisqu’elles proviennent du lien personnalisé qu’elle a partagé.

[2] « In the past, I’ve been reluctant to publicly voice my political opinions, but due to several events in my life and in the world in the past two years, I feel very differently about that now. I always have and always will cast my vote based on which candidate will protect and fight for the human rights I believe we all deserve in this country. […] I cannot vote for someone who will not be willing to fight for dignity for ALL Americans, no matter their skin color, gender or who they love », post sur Instagram, 8 octobre 2018, ayant obtenu 2 222 869 likes.

[3]« I will be casting my vote for Kamala Harris and Tim Walz in the 2024 Presidential Election. I’m voting for @kamalaharris because she fights for the rights and causes I believe need a warrior to champion them. », post sur Instagram, 11 septembre 2024, ayant obtenu 11 598 915 likes.

[4] On dit que l’une des premières communautés fut celle des fans de Jane Austen.

[5] Cornel Sandvoss, « One-Dimensional Fan. Toward an Aesthetic of Fan Texts », American Behavioral Scientist, Vol. 48 No. 7, 2005.

[6] Jonathan Dean, « Politicising Fandom », British Journal of Politics and International Relations, 19 (2).

[7] Melissa A. Click, Anti-Fandom Dislike and Hate in the Digital Age, New York University Press, 2019.

[8] Jonathan Gray, « Antifandom and the Moral Text », American Beh