Portrait de Sarkozy en Monte-Cristo
On peut déplorer, comme le fait Fabrice Arfi, « l’effet rideau » de la machine médiatique autour du Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy – et souhaiter, avec lui, qu’au lieu de passer son temps à commenter la stratégie de communication qui se joue dans la sélection des trois livres que l’ancien président était autorisé à emporter en prison, le débat se concentre sur la question qui lui a valu ses multiples condamnations : la corruption des responsables politiques de notre pays.

On peut néanmoins aussi considérer qu’on est encore loin d’avoir tout dit sur la place centrale qu’occupe Le Comte de Monte-Cristo, dans l’ethos que cet écrit vise à construire.
Il y a en effet plus que de la « coquetterie » à se comparer à ce personnage. Dès les premières pages, Sarkozy force l’analogie en tentant de rapprocher ses vingt-et-un jours de prison des quatorze années d’Edmond Dantès (ainsi qu’à la longueur, bien réelle, de la détention de Dreyfus) : l’avertissement étend l’expérience de la prison aux « dix années d’instruction, quatorze semaines au tribunal correctionnel de Paris et trois semaines à la Prison de la santé », et, dès son premier jour, il remarque qu’il a l’impression « d’avoir vécu dix ans en vingt-quatre heures ». À ce brouillage temporel, qui fait d’ailleurs écho au texte de Dumas[1], répond l’effacement généralisé de la frontière entre l’objectif et le subjectif dans un récit qui se place pourtant sous l’égide de la factualité (« ceci n’est pas un roman ») et du « souci de la vérité ».
Chantre décomplexé de la post-vérité, Sarkozy le revendique explicitement dans le seul entretien accordé à l’occasion de la parution, au podcast Legend – tribune, offerte par un présentateur fier de ne pas être journaliste et calibrée pour ne proposer aucun contradictoire à sa version : « Tout est vrai. Enfin, il faut faire attention parce que le mot vérité, dans mon esprit, il ne peut se conjuguer qu’au pluriel. Il n’existe pas au singulier. Parce qu’il y a ma vé
