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Élever le sauvage ? Les zoos face à la question de la conservation

Géographe

Les jardins zoologiques n’ont jamais attiré autant de visiteurs (plus de 700 millions de personnes annuellement) et, dans le même temps, suscités de critiques, autour de l’enfermement des animaux. Face à cette figure de la prison, les zoos présentent celle du refuge : reliquaires d’une nature en voie de disparition, ils en assureraient la conservation. Peut-on pour autant élever le sauvage – et pour quoi faire ?

Les zoos ont des fonctions plurielles, souvent mêlées de manière plus ou moins importante, selon les époques et les lieux. Il s’agit de montrer, divertir, produire un savoir, conserver, émerveiller, exprimer un pouvoir, en mettant en scène des animaux vivants extraordinaires. Sauf exception, on n’y rencontre en effet ni chats, ni chiens, ni vaches, mais des lions, des éléphants, des girafes et des grands singes. Des êtres charismatiques, exotiques et sauvages.

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Simulacres ou stylisations du sauvage ?

Il ne s’agit bien sûr pas (seulement) des propriétés propres des animaux mais d’un ensemble de représentations et de pratiques dans lesquelles nous les définissons comme tels. Le zoo est ainsi un lieu de production, de reconfiguration et de mise en scène d’une certaine forme de nature.

Pourtant, si l’autonomie et l’extériorité des animaux est niée par leur enfermement, peuvent-ils présenter autre chose qu’un simulacre du sauvage ? Au contraire, nous rendent-ils proches les animaux, sans tout à fait les absorber ? Le zoo serait alors un dispositif stylisant, médiatisant, donnant une valeur explicative à la rencontre, tout en maintenant une certaine capacité d’action animale. Plus qu’une prison, le zoo serait un théâtre.

Il est possible de réfléchir à la tension entre ces deux polarités à travers la figure de la domestication, qu’on applique pourtant plus généralement à des animaux de rente. Peut-on penser le zoo comme une des formes élargies de l’activité domesticatoire humaine ? En d’autres termes, peut-on élever le sauvage ?

Le tournant conversationniste des zoos, une forme d’élevage

De multiples raisons amènent les zoos à investir la question de la conservation. Les critiques de l’enfermement des animaux, qui existent au moins depuis le XVIIIe siècle, deviennent majeures dans la seconde moitié du XXe siècle, au point de remettre en question l’existence des zoos. La conservation permet de faire émerger une nouvelle forme de légitimité pour l’institution, qui d


Jean Estebanez

Géographe, Maître de conférences en géographie à l’université Paris Est-Créteil, Lab’Urba

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