Municipales 2026 – Une ville-territoire : Bordeaux (3/4)
Toute ville est singulière. Dans Bâtir et Habiter, Richard Sennett définit les villes par l’ouverture. Ainsi, les villes s’ouvrent quand elles résistent à la standardisation, à la financiarisation pour préserver de la complexité, de l’inattendu, des rencontres. C’est tout cet ensemble assez instable qui donne à chacune son caractère, un être-ensemble spécifique. On peut trouver les propos de Richard Sennett complètement idéalistes quand on sait tous les chocs qui concernent tous les espaces urbains aujourd’hui : la montée des ségrégations spatiales liées aux grands écarts de richesse, les problèmes d’insécurité et de violence sur les personnes, le défi de trouver un logement, etc.

D’une ville et de sa côte. Histoire d’une lutte
Toutefois, chaque ville a une allure de vie, une manière de se déployer dans le monde, affichant parfois même une résistance aux modes de vie dominants. J’ai habité à Bordeaux entre 2000 et 2015. Ce qui m’a le plus frappé peut paraître anodin : c’est la présence du ciel et le changement constant de ses couleurs.
Dans une ville de plus de 270 000 habitants, aux constructions très horizontales, avec un parc de maisons mitoyennes encore très présent, le ciel est partout : au bout de la rue, derrière le bâti, comme un décor aérien et liquide avec des vélos qui passent sur les ponts entre ciel et eau. Quand je suis arrivée en 2000, on disait de la ville qu’elle était trop minérale : la pierre redevenue blonde occupait beaucoup d’espace et était spectaculaire. Cette ville semblait manquer de parcs, d’arbres dans les rues et sur les places, surtout l’été quand la chaleur plombe tous les déplacements.
La nature était malgré tout présente : le ciel, l’eau et la côte aquitaine toute proche, particulièrement préservée côté Médoc par rapport à d’autres côtes touristiques. On oublie souvent que la présence massive des forêts de pin, les stations balnéaires préservées de la bétonisation, l’ont été au nom de luttes écologiques qui témoignaient d’
