Politique

Conseil constitutionnel : l’État de droit en trompe-l’œil

Juriste

Le limogeage présumé de la secrétaire générale du Conseil constitutionnel, Aurélie Bretonneau, par son président, Richard Ferrand, illustre une anomalie structurelle que l’affaire ne fait que rendre visible : entre conflits d’intérêts, absence de qualifications juridiques et porosité avec l’exécutif, le Conseil constitutionnel ne protège pas la démocratie – il en épouse les rapports de force.

« Il est vrai que je ne suis pas un professionnel du droit. » C’est ainsi que Richard se présente devant la commission des lois de l’Assemblée nationale au mois de février 2025. Il y était entendu par les parlementaires sur la proposition faite par Emmanuel Macron de le nommer à la présidence du Conseil constitutionnel[1].

Non juriste, Richard Ferrand est loin d’être le premier et le seul dans cette situation : le Conseil constitutionnel n’est pas un collège de juristes, pas même une institution mixte comme il est prétendu parfois, car on y cherche les professionnels du droit ou du projet constitutionnel comme on cherche une aiguille dans une botte de foin.

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Mais cette situation est traitée avec humour, voire avec mépris pour l’ensemble de la communauté politique. On se souvient par exemple que lors de son audition, Alain Juppé avait ironisé sur cette question, en invoquant son droit à l’oubli, non seulement à propos de sa condamnation prononcée à son encontre à propos de l’exercice d’un mandat politique, mais aussi à propos de ses cours de droit constitutionnel reçus il y a plusieurs décennies à Sciences Po Paris.

Que les membres du Conseil ne soient pas – sauf exception – juristes, est une chose, qu’ils s’en amusent en est une autre, et qu’ils ne se soient jamais singularisés dans le passé par une connaissance et un attachement aux règles constitutionnelles en est encore une autre.

À cet égard, dresser le tableau de la nomination de Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel est assez édifiant : c’est un « ami » du président de la République dont il aura à contrôler la partie législative de sa politique ; sa « réputation » a été entachée par l’affaire dite des Mutuelles de Bretagne, une affaire néanmoins déclarée prescrite par un parquet alors dirigé par la procureure générale Véronique Malbec, qui certes n’était pas officiellement chargée de cette affaire, mais qui, devenue depuis directrice du cabinet du ministre de la justice Éric Dupon


[1]  Voir le compte rendu de réunion n° 38 – Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, 17e législature, Session 2024 – 2025, déposé le mercredi 26 février 2025.

[2]  Je l’ai rigoureusement montré dans La Constitution maltraitée. Anatomie du Conseil constitutionnel, Amsterdam, 2023. Voir aussi l’article AOC du 16 juin 2023 : « Activer la fonction critique de la Constitution ».

Lauréline Fontaine

Juriste, professeure de droit public et constitutionnel à la Sorbonne Nouvelle

Notes

[1]  Voir le compte rendu de réunion n° 38 – Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, 17e législature, Session 2024 – 2025, déposé le mercredi 26 février 2025.

[2]  Je l’ai rigoureusement montré dans La Constitution maltraitée. Anatomie du Conseil constitutionnel, Amsterdam, 2023. Voir aussi l’article AOC du 16 juin 2023 : « Activer la fonction critique de la Constitution ».