Sortir de l’aveuglement – une réponse à Stéphane Beaud et Gérard Noiriel
Stéphane Beaud et Gérard Noiriel sont des chercheurs pionniers pour l’histoire et la sociologie du monde ouvrier et de l’immigration. Malheureusement, depuis quelques années, notamment dans leur livre Race et sciences sociales. Essai sur les usages publics d’une catégorie (Agone, 2021), ils font primer une argumentation politique sur les préoccupations scientifiques, pour se livrer à un combat contre l’usage du terme de race dans les sciences humaines.

Leur tribune parue le 2 avril 2026 dans Le Monde, à partir des attaques subies par le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, en offre un nouvel épisode. On s’accordera facilement avec eux sur le caractère inacceptable de ces attaques qui témoignent de l’influence accrue et délétère de l’extrême droite.
Il est cependant dommage que ce triste épisode leur serve à rebondir sur un entretien télévisé de l’édile dans lequel il déclare « ne pas aimer » le terme « racisé » et préfère se définir comme un héritier de l’immigration. Toutefois, il ajoute ne pas contester l’usage de ce terme dans des travaux universitaires. Mais Stéphane Beaud et Gérard Noiriel partent de cette opinion de Bally Bagayoko pour dénoncer l’usage du terme racisé par des « intellectuels critiques ».
Pour éviter les faux débats, réglons tout de suite le sort de ce mot, « racisé » : il n’est pas question d’« aimer ce terme » ni de souhaiter que les habitant-e-s des quartiers populaires se définissent spontanément ainsi. Il s’agit d’un mot qui vise à désigner les personnes victimes de phénomènes de racialisation, c’est-à-dire qui appartiennent à des groupes altérisés et souvent infériorisés, que ce soit du fait de leur apparence physique, de leur religion (supposée ou réelle), de leur origine sociale ou géographique, dans une combinaison, bien souvent, de plusieurs de ces critères. Ils conduisent à une racialisation, c’est-à-dire à une essentialisation.
D’autres termes ont pu être utilisés et ne sont pas plus satisfaisants : « minorités vi
