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Iran : apories de la survie et de l’autonomie dans le régime de guerre

Philosophe

Quand l’appel aux frappes étrangères et l’invocation de la légitime défense étatique se répondent en miroir, c’est la même impasse qui se reconduit : une existence prise en étau entre deux régimes de violence, contrainte de déléguer sa survie à ce qu’elle entendait renverser.

«Le peuple iranien serait le premier au monde à demander à des puissances étrangères de le bombarder pour se libérer de la République islamique. » C’est en ces termes qu’un chanteur iranien connu, Shahkar Bineshpajooh, s’exprimait lors d’une manifestation monarchiste le 1er février, dans le bref intervalle séparant la répression sanglante du soulèvement populaire de janvier 2026 et le déclenchement de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, en février de la même année.

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Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Cette voix, largement amplifiée au sein de la diaspora et relayée par certains médias occidentaux, n’en correspond pas moins, fût-ce partiellement, à une disposition bien réelle au sein d’une fraction de la société iranienne, dont l’existence ne saurait être niée. Une fraction qui, à la différence de certains segments de la diaspora monarchiste, vit effectivement sous le ciel sans défense de Téhéran, exposée à la possibilité concrète des bombardements.

Un tel appel ne saurait être réduit à une simple pulsion sacrificielle, pas même, à proprement parler, à une forme de martyre pervers. Il procède plutôt d’une construction imaginaire patiemment élaborée et médiatisée, notamment par certains médias persanophones soutenus par Israël, qui tend à dissocier la guerre de ses effets matériels. Dans cette configuration, la guerre apparaît comme propre, fulgurante, quasi chirurgicale, une révolution substitutive, transcendante, tombée du ciel.

Sans s’attarder ici sur les conditions de production de cette subjectivité auto-destructrice, c’est la contradiction qu’elle fait surgir, et qu’elle révèle, qui nous conduit au cœur de cet article, celle d’un désir de libération qui en vient à consentir à la destruction comme moyen.

Examiner cette contradiction, c’est la porter à son point de rupture, là où, à mesure que le conflit entre dans sa sixième semaine, l’abstraction stratégique de la guerre se brise sur la matérialité irréductible de ses effets, morts civiles, dest


[1] Bertrand Ogilvie, La seconde nature du politique : Essai d’anthropologie négative, L’Harmattan, 2012.

[2] George H. Quester, Offense and Defense in the International System, Éditions John Wiley and Sons, 1977.

[3] Jack Snyder, The Ideology of the Offensive, Cornell University Press, 1984.

[4] Pour une analyse des contradictions du nationalisme postcolonial, voir Partha Chatterjee, The Nation and Its Fragments: Colonial and Postcolonial Histories, Princeton University Press, 1993.

[5] Vassili Grossman, Vie et destin, traduit du russe par Alexis Berelowitch, Julliard, 1983.

Amir Kianpour

Philosophe , Écrivain et chercheur en philosophie

Notes

[1] Bertrand Ogilvie, La seconde nature du politique : Essai d’anthropologie négative, L’Harmattan, 2012.

[2] George H. Quester, Offense and Defense in the International System, Éditions John Wiley and Sons, 1977.

[3] Jack Snyder, The Ideology of the Offensive, Cornell University Press, 1984.

[4] Pour une analyse des contradictions du nationalisme postcolonial, voir Partha Chatterjee, The Nation and Its Fragments: Colonial and Postcolonial Histories, Princeton University Press, 1993.

[5] Vassili Grossman, Vie et destin, traduit du russe par Alexis Berelowitch, Julliard, 1983.