Culture

Printemps silencieux – à propos des projets de loi contre les free parties

Chercheur en sciences de l'information et de la communication

Adoptée en première lecture le 9 avril, la proposition de loi 1133 aggrave les sanctions contre les free parties et étend la notion de co-organisation jusqu’aux simples participants. Un arsenal répressif qui ignore trente ans de pratiques culturelles, de transmission de savoirs et d’auto-organisation territoriale.

Chaque week-end, à travers l’ensemble du territoire français, des collectifs se mobilisent pour investir des espaces, en organiser l’accès et procéder à l’installation et au réglage de systèmes de sonorisation qu’ils ont souvent conçus et fabriqués eux-mêmes. Ces collectifs rassemblent des profils professionnels variés : entrepreneur·es indépendant·es, salarié·es du secteur logistique ou du bâtiment et des travaux publics, menuisier·es, charpentier·es, technicien·nes du son et de la lumière, entre autres.

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Cette liste n’est pas exhaustive mais significative des métiers qui structurent l’univers des free parties qui assure cette fonction d’espace de formation et de transmission de compétences techniques et artistiques, en même temps qu’elles se révèlent indispensables à la tenue et à la qualité de ces événements.

La proposition de loi 1133 « visant à renforcer la pénalisation de l’organisation de rave-parties » portée par des député·es des groupes parlementaires Ensemble et Horizons a été soumise à l’examen en séance publique de l’Assemblée nationale le 9 avril 2026 et adoptée en première lecture avant son transfert au Sénat. Ce texte vise à renforcer le dispositif réglementaire encadrant les « rassemblements exclusivement festifs à caractère musical organisés par des personnes privées dans des lieux non aménagés à cet effet » – tels que définis aux articles L211-5 à L211-8 du Code de la sécurité intérieure –, lesquels sont déjà soumis à l’obligation de déclaration préalable, un mois avant leur tenue, dès lors qu’ils excèdent cinq cents participants.

Pour rappel, la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 impose aux organisateurs de manifestations sportives, récréatives ou culturelles à but lucratif de déclarer leur rassemblement au maire de la commune, au moins un mois avant la date prévue, dès lors que le public et le personnel peuvent atteindre plus de 1 500 personnes. Un régime spécifique visant les free parties a été introduit avec la loi sur la sécurité quotid


[1] Cité dans Lionel Pourtau, « Les interactions entre raves et législations censées les contrôler », Déviance et société, n°29-2, 2005, p. 131.

[2] Voir le témoignage de Simon Bureau, entrepreneur ardéchois « Aujourd’hui, la France a décidé que j’étais un criminel ».

[3] Diffusée aux préfectures en mai 1995, la circulaire « les soirées-rave : des situations à haut risque » émane de la Mission de Lutte Anti-Drogue (MILAD), rattachée à la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN), sous l’autorité du ministère de l’Intérieur alors dirigé par Charles Pasqua. Rédigée avec le concours des « principales Directions actives de la Police Nationale » concernées par le « phénomène Rave », elle constitue le premier texte officiel d’État à formaliser une politique répressive à l’encontre de l’ensemble des raves sur le territoire français, qu’elles soient légales ou clandestines.

[4] Laurent Tessier, « Musique et fête techno : l’exception franco-britannique des free parties », Revue française de sociologie, vol. 44, no 1, 2003.

[5] Stuart Hall, « Déviance, politique et médias », dans Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, Amsterdam, 2007 [1974].

[6] Claire Bishop, Artificial Hells. Participatory art and the politics of spectatorship, London, Verso, 2012.

[7] Jean-Christophe Sevin, « “Punishment park” : notes sur le Teknival “des musiques interdites” », Sonic Street Technologies, 19 janvier 2022.

[8] « Le teknival a 30 ans : les actions de santé en free party aussi », Techno+, 28 juin 2023.

[9] Un amendement de La France insoumise a élargi la liste en incluant les individus participant à l’installation « d’un lieu de repos » ou « d’un camion de restauration ». Voir « Free parties : un nouvel arsenal de sanctions voté par l’Assemblée, avec des amendes pour simple participation », Le Monde, 10 avril 2026.

[10] La Coordination nationale des sons a également rendu public le 9 avril sur le compte Instagram « Teknoantirep » un courrier du ministère de l’Intérieur

Jean-Christophe Sevin

Chercheur en sciences de l'information et de la communication, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication (Avignon Université) et membre du Centre Norbert Elias (Marseille)

Notes

[1] Cité dans Lionel Pourtau, « Les interactions entre raves et législations censées les contrôler », Déviance et société, n°29-2, 2005, p. 131.

[2] Voir le témoignage de Simon Bureau, entrepreneur ardéchois « Aujourd’hui, la France a décidé que j’étais un criminel ».

[3] Diffusée aux préfectures en mai 1995, la circulaire « les soirées-rave : des situations à haut risque » émane de la Mission de Lutte Anti-Drogue (MILAD), rattachée à la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN), sous l’autorité du ministère de l’Intérieur alors dirigé par Charles Pasqua. Rédigée avec le concours des « principales Directions actives de la Police Nationale » concernées par le « phénomène Rave », elle constitue le premier texte officiel d’État à formaliser une politique répressive à l’encontre de l’ensemble des raves sur le territoire français, qu’elles soient légales ou clandestines.

[4] Laurent Tessier, « Musique et fête techno : l’exception franco-britannique des free parties », Revue française de sociologie, vol. 44, no 1, 2003.

[5] Stuart Hall, « Déviance, politique et médias », dans Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, Amsterdam, 2007 [1974].

[6] Claire Bishop, Artificial Hells. Participatory art and the politics of spectatorship, London, Verso, 2012.

[7] Jean-Christophe Sevin, « “Punishment park” : notes sur le Teknival “des musiques interdites” », Sonic Street Technologies, 19 janvier 2022.

[8] « Le teknival a 30 ans : les actions de santé en free party aussi », Techno+, 28 juin 2023.

[9] Un amendement de La France insoumise a élargi la liste en incluant les individus participant à l’installation « d’un lieu de repos » ou « d’un camion de restauration ». Voir « Free parties : un nouvel arsenal de sanctions voté par l’Assemblée, avec des amendes pour simple participation », Le Monde, 10 avril 2026.

[10] La Coordination nationale des sons a également rendu public le 9 avril sur le compte Instagram « Teknoantirep » un courrier du ministère de l’Intérieur