Société

Colère noire au barreau : avocat·es face à l’État pénal

Sociologue

Depuis quelques jours, une grève générale des avocats et avocates vient d’être déclarée partout en France suite à l’annonce d’une nouvelle réforme du système de justice criminelle. Cette mobilisation face à une justice qui n’écoute pas la défense doit alarmer : quand les avocats et avocates sont en colère, c’est de nos droits qu’on parle.

J’ai réalisé mes études de droit à une époque où les principes fondamentaux d’une justice démocratique semblaient se consolider sous mes yeux. En 2011, sous la pression de la Cour européenne des droits de l’homme, la France procédait à une réforme de la garde à vue. Bien que timide, celle-ci enclenchait une petite révolution symbolique : les personnes auditionnées par la police auraient désormais la possibilité d’être assistées par un avocat ou une avocate au cours de leurs interrogatoires.

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Cette réforme fut accueillie avec soulagement par les personnes qui voyaient d’un mauvais œil les politiques sécuritaires menées par les gouvernements successifs. Si la guerre n’était pas encore terminée, une bataille notable était remportée. Évidemment, la victoire des uns faisait la défaite des autres. Je me souviens de la colère de la police. Une réforme inacceptable qui protégeait les délinquants au détriment des victimes, clamèrent les syndicats. Dans les années qui suivirent, les manifestations organisées sur la place Vendôme, sous les fenêtres du ministère de la Justice, disaient quelque chose du jeu à somme nulle opposant le travail de la défense à celui de la police : quand l’un gagne, l’autre perd.

Une défense impuissante

Pour les avocats et les avocates, la fête fut cependant de courte durée. Sitôt la réforme adoptée, la défense en droit criminel était de nouveau attaquée. Dans les médias, les commissions parlementaires et les couloirs des tribunaux, leur travail était remis en question. On les accusait de faire libérer des délinquants, de mentir à tout-va, de blanchir l’argent du crime, de manipuler les règles de droit à leur avantage… Loin d’être bénéfique à l’œuvre de justice, la défense était dépeinte comme une menace interne.

Pour les personnes concernées, cette situation se vit dans la douleur. Les avocats et avocates que j’ai rencontrées à Marseille au cours des dernières années m’ont souvent fait part de leur désarroi, de leur inconfort, de leurs dout


Julien Larrègue

Sociologue, professeur à l’Université Laval et chercheur associé au CESSP à Paris