Pour une prospective des régimes culturels territoriaux
Dans un précédent article publié dans AOC, « Des politiques culturelles locales pour faire face à l’anthropocène » (7 novembre 2025), j’examinais la manière dont les politiques culturelles locales peuvent contribuer à affronter l’épreuve anthropocène. J’y formulais quatre hypothèses : la nécessité d’interroger la modernité comme régime de savoirs et de pouvoirs ayant conduit au changement global ; la place du trouble pour appréhender la crise de ce régime ; l’importance du local et du sensible comme points d’ancrage pour réinventer nos rapports au monde et les régimes culturels territoriaux qui les trament ; enfin, la culture et les arts envisagés non comme un secteur d’activité hors sol, mais comme un levier pour tisser de nouveaux partages du sensible et expérimenter de nouveaux modes de cohabitation.

Ce cadre permettait de déplacer la focale, en considérant les politiques culturelles comme un élément des réponses à la crise écologique et sociale, et non comme une question secondaire ou une variable d’ajustement. Un aspect important n’avait cependant pas été abordé, alors même qu’il facilite l’appréciation de ces hypothèses : leur mise en prospective pour montrer ce que pourraient devenir plus concrètement ces régimes culturels territoriaux et vers quels rapports au monde distincts ils orienteraient nos manières de cohabiter. C’est l’exploration de ces devenirs que j’ouvre ici, avant d’envisager à ce qu’elle implique pour les politiques culturelles locales et nos manières d’anticiper le futur.
Quatre régimes culturels territoriaux donc, parmi tant d’autres possibles, que je propose, à grands traits, de distinguer. Un régime néo‑moderne, qui prolonge la modernité en tentant de la corriger ; un régime transhumaniste, qui pousse à l’extrême sa logique de maîtrise et d’artificialisation ; un régime convivialiste, qui recomposerait nos rapports au monde à partir de l’interdépendance et de relations coopératives ; et un régime commensaliste, qui ferait du lien
