Écologie

Fin du mois, fin du monde : faux dilemme, vraie crise

Professeur des Écoles

Les tensions récentes sur les carburants remettent au premier plan notre dépendance aux énergies fossiles. Mais elles risquent de reconduire un cadrage trop étroit, là où le principal verrou des dépenses contraintes demeure le logement. Tant que cette contrainte renchérira à la fois l’accès au toit et le coût des déplacements, aucune sortie durable de la crise sociale et écologique ne sera politiquement possible.

La crise au Moyen-Orient permettra-t-elle de desserrer le dilemme entre « fin du mois » et « fin du monde », qui bloque la transition écologique depuis les « gilets jaunes » ? Face à la flambée des carburants, le gouvernement français plaide pour une accélération de l’électrification, notamment dans la mobilité. Cette réponse est nécessaire et d’autant plus défendable si son financement repose, au moins en partie, sur la taxation des superprofits des majors pétrolières.

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Mais elle laisse intact le principal verrou structurel : le logement, premier poste de dépense des ménages, devant les transports. Pour les ménages modestes, il absorbe de l’ordre de 30 à 35 % du budget, contre environ 18 % au début des années 1980. Cette hausse va de pair avec celle des prix de l’immobilier, multipliés par environ 2,5 depuis la fin des années 1990, tandis que les salaires réels médians ont stagné.

Certes, la pression immobilière ne se distribue pas uniformément : elle est plus forte dans les grandes agglomérations, les territoires plus éloignés étant davantage exposés au prix des carburants ; dans de larges espaces périurbains, la contrainte est double. Mais, dans une grande partie des cas, la dépense de transport dérive elle-même du coût du logement. Lorsque celui-ci devient inaccessible dans les centres urbains et les zones d’emploi, les ménages modestes et une partie des classes moyennes sont repoussés vers des territoires plus périphériques, où loyers et prix d’achat sont relativement plus faibles, mais où la dépendance à l’automobile est massive.

Sous l’effet conjoint du logement et du transport, le reste à vivre – la part du revenu disponible une fois payées les dépenses incompressibles – s’est ainsi contracté pour une grande partie des ménages. C’est ce qui éclaire le décalage persistant entre le pouvoir d’achat mesuré par l’Insee et le sentiment, très largement partagé, d’une dégradation du niveau de vie.

Locataires et propriétaires bailleurs : la grande divergence


Vincent Rigoulet

Professeur des Écoles