La momie n’a jamais été maudite
« L’Orient était presque une invention de l’Europe, depuis l’Antiquité un lieu de romance, d’êtres exotiques, de souvenirs et de paysages obsédants, d’expériences remarquables. »
Edward Said, L’Orientalisme, 1978.
Il y a d’abord eu Léna. Sept ans, ma belle-fille, rentrée un soir du Musée de l’Homme où sa grand-mère l’avait emmenée voir l’exposition Momies. Le temps du trajet pour qu’elle craque. Le soir même, sa mère me glisse la consigne : ne lui parle plus de momies, elle est traumatisée. Trois jours plus tard, je suis allé voir Lee Cronin’s The Mummy au cinéma. Je n’aurais pas dû.

Ou plutôt si, parce que c’est précisément en recollant les deux expériences – la vitrine du Trocadéro et l’écran du multiplexe – qu’une évidence se construit, lente, têtue, difficile à désamorcer. En 2026, après un siècle de cinéma, après Said, après Shaheen, après des décennies d’un débat public que même le plus paresseux des scénaristes a forcément croisé quelque part, sortir un film qui recycle avec une telle candeur l’équation Arabe = contagion, famille blanche = pureté, exorcisme = solution finale, il fallait vraiment le vouloir. Cronin l’a voulu. Warner l’a financé. Blumhouse l’a produit. Et nous, on est censés applaudir le savoir-faire du gore ? La question que pose ce texte pourrait se formuler ainsi : qu’est-ce qui, de la momie exposée ou de la momie filmée, est responsable du trauma d’une enfant de sept ans – et qu’est-ce que ce trauma nous dit du dispositif culturel occidental qui l’a produit ?
L’exposition du Musée de l’Homme, ouverte jusqu’au 25 mai 2026, présente neuf corps momifiés venus d’Égypte, du Pérou, des Canaries, de France, des Îles Marquises. Elle explique les rites, les techniques, la diversité des pratiques funéraires humaines. Mieux : elle consacre son introduction à déconstruire les clichés véhiculés par la culture populaire, reconnaissant explicitement que la momie, dans l’imaginaire occidental, est saturée de « fausses idées ». Le musée fait le t
