Ruffin ou l’habitus de la blanchité missionnaire
La posture de François Ruffin au travers de sa bande dessinée Picardie Splendor constitue un cas d’étude afin d’illustrer les tensions entre l’antiracisme moral des années 1990 dont il se réclame et les structures de la blanchité[1]. En effet, cet ouvrage, que l’auteur présente comme une « œuvre humaniste » visant à réparer une France fracturée, a déclenché une vive polémique, cristallisant les critiques autour des concepts de « white savior[2] » (sauveur blanc) et de paternalisme.

La BD fonctionne de manière heuristique en mettant en scène la façon dont un dominant peut, tout en affichant des intentions louables, reproduire des schèmes de domination coloniale et d’« innocence blanche[3] ». François Ruffin s’inscrit dans le cadre de l’habitus de la blanchité missionnaire[4], où le sujet majoritaire se vit comme l’apporteur de solutions pour des publics perçus comme vulnérables ou incapables de se défendre seuls. La scène centrale du train, durant laquelle le député intervient pour régler l’amende d’une passagère noire en conflit avec la police, est une mise en abyme de ce « syndrome du colon sauveur » ou du « sauveur blanc » conceptualisé en partie par W.E.B. Dubois[5]. En effet, en se substituant à la parole de la personne concernée et en « bombant le torse » face à un homme racisé qui baisse la tête, Ruffin performe une supériorité qui dépasse le simple acte de solidarité pour devenir une démonstration de puissance tutélaire. Cette posture de sauveur transforme la solidarité politique en une charité descendante où l’on aide le bénéficiaire à condition qu’il reste passif ou figurant de son propre récit.
Ce que la racialisation des corps nous dit de la gauche colorblind
La sociologie des corps de Marcel Mauss nous offre une grille de lecture nous permettant d’appréhender des représentations stigmatisantes, notamment la figure de la femme noire « explosive ». De fait, la représentation de la passagère noire sous des traits déformés par la colère n’est
