Foot : Trump contre le reste du monde
C’était il y a trois ans et demi. La FIFA s’apprêtait à lever le rideau de la 22e Coupe du monde de football, au Qatar, toute honte bue. Tout avait pourtant été dit, écrit, décrit par le menu, montré en images, mis sous notre nez, de l’absurde et du répugnant, des stades climatisés aux morts sur les chantiers, en passant par la fourberie de Doha sur la scène diplomatique. Rappelons que Trump Ier avait envisagé d’y soutenir un coup d’État avant que the adults in the room – il y en avait encore – lui apprennent que l’émirat-confetti abritait la plus grande base militaire américaine hors territoire national.

Mais la révélation de scandales en série n’avait servi à rien. À peine le coup d’envoi du match d’ouverture donné seul le ballon avait occupé durant un mois l’espace médiatique, les exploits des Bleus dans le sillage de Kylian Mbappé, largement exploités par le président de la République, ayant même conféré à la compétition un supplément de prestige. Et à la fin du bal masqué, on s’était donné rendez-vous en 2026 en Amérique du Nord, la 23e Coupe du monde étant encore censée être celle de l’ALENA, c’est-à-dire du libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, et pas celle de la sphère MAGA (Make America Great Again).
Toutefois, nous étions loin d’imaginer à l’époque la tournure affolante qu’allait prendre le cours de l’Histoire : le 7-Octobre, le supplice de Gaza, la saison 2 de Trump à la Maison Blanche, les bombardements des États-Unis sur l’Iran, les missiles et les drones balancés en retour sur Israël et les pétromonarchies incrédules du Golfe, le Liban à nouveau pris en otage, le blocage du détroit d’Ormuz et ses vertigineuses conséquences économiques, tout cela concomitamment à une guerre d’Ukraine sans fin. Bref, pour paraphraser Kessel, c’est un train fiévreux qui fuit parmi des rives d’ombre alors que s’ouvre ce 11 juin une version de la Coupe du monde qui n’est plus celle du commerce et de la fraternité mais des droits de douane et
