Tu sous-entends quelque chose ?
« — Laisse tomber tous ces discours et suis-moi.
— Où ça ?
— Voir ce type.
— Qu’est-ce qu’il fait ?
— Il rentre chez lui.
— Mais il avance autant qu’il recule !
— C’est sa façon de marcher.
— Il ne marche pas : il se balance, il danse !
— Regarde-le bien, compte ses pas.
— Un, deux, quatre, sept, neuf pas en avant. Un, deux, trois, sept, huit pas en arrière.
— Ce qui signifie ?
— Qu’il marche ! C’est la seule façon pour lui de retrouver le chemin de sa maison. Dix pas en avant, neuf pas en arrière. Il a avancé d’un pas.
— S’il ne fait pas attention et qu’il compte mal ?
— Il n’arrivera nulle part.
— Tu sous-entends quelque chose ?
— Je ne sous-entends rien. »
Mahmoud Darwich, Une mémoire pour l’oubli
Cette manière de marche insolite, à la fois balancement et danse, qui recule tout en avançant et risque de n’aboutir nulle part évoque étrangement les mouvements des œuvres de la plasticienne Basma al-Sharif : travellings montés à l’envers, mouvements circulaires, incessants recommencements… Ses œuvres sous-entendraient-elles quelque chose, elles aussi ?
Cela s’est passé cette année en Allemagne juste avant l’affaire qui a ébranlé la Berlinale, dont la directrice fut menacée de démission. C’était au mois de janvier 2026. Furent concernées une institution, l’académie des Beaux-Arts de Düsseldorf ; une artiste palestinienne, Basma al-Sharif, plasticienne, photographe, cinéaste, écrivaine ; enfin, la rectrice de l’académie, Donatella Fioretti, célèbre architecte et enseignante élue à la direction de l’académie depuis 2014. L’académie a pour coutume de confier tous les ans à ses étudiants la programmation et l’organisation d’une manifestation entre ses murs. Sparta est le nom de cette manifestation.

Cette année, les étudiants choisirent d’inviter entre autres Basma al-Sharif[1]. Les origines palestiniennes de cette dernière lui valurent de faire l’objet d’une enquête minutieuse, de sorte qu’à peine la manifestation rendue publique, on révéla que,
