Low-tech contre high-tech : un faux combat
Les low-techs, ou « basses technologies », ne font pas l’unanimité. Tandis que les uns voient dans les fours solaires, vélos, toilettes sèches ou autres low-techs une voie pour aller vers la transition, d’autres les considèrent comme une démarche rétrograde. Si des collectifs, comme le Low-tech Lab ou l’Atelier Paysan, prônent et disséminent leurs usages, on entend aussi des voix clamant que leur dissémination pose problème. Une de ces voix est celle de Luc Ferry (essayiste, philosophe et homme politique) qui a sévèrement critiqué les low-techs dans une chronique intitulée « Non à l’écologie “low-tech” » publiée dans Le Figaro[1]. Débutons notre enquête par cet article.

Luc Ferry considère l’utilisation de low-tech dans trois domaines : en médecine, écrit-il, « remplacer les technologies high-tech » par du low-tech aurait un impact « mortel », en agriculture les « bienfaits incomparables de la révolution verte » seraient « anéantis », quant aux transports, ironise-il, la proposition de refabriquer des 2CV n’est autre chose qu’une régression, « pourquoi pas plutôt, tant qu’on y est, un seul cheval, si possible à quatre pattes » ?
Ne limitant pas sa critique à ces trois domaines d’application, l’auteur condamne aussi les low-techs au regard de leur rapport supposé à l’innovation et aux savoirs : il estime que les écologistes favorables à la décroissance veulent se « débarrasser » de la recherche scientifique et de l’innovation technique, et que les risques sur le plan « intellectuel » seraient ceux d’un recul de l’humanité vers l’animisme, la superstition, et l’obscurantisme.
Pour le dire autrement, l’auteur rejette les low-techs au motif qu’elles auraient des conséquences néfastes à des niveaux physiques, biologiques et épistémiques, et que le risque serait donc à la fois infrastructurel et intellectuel. L’argumentaire est construit par contrastes forts : certains voudraient « remplacer » les high-techs ; certains écologistes sont contre la science et l’inn
