Culture

La culture en danger (2/2) : les forces sombres en ordre de bataille

Chercheur et photographe

Face à l’offensive de l’extrême droite qui reprend paradoxalement le concept d’« hégémonie culturelle » de Gramsci, il faut réaffirmer le sens d’une culture joyeuse, ouverte et libre. Le second volet de cet article propose l’idée d’États généraux de la culture, pour donner un écho aux enjeux culturels dans le contexte de la campagne présidentielle.

Érosion de l’ambition politique républicaine pour la culture, dégradation de la coopération culturelle des collectivités publiques et donc d’un partage volontaire des responsabilités, crise budgétaire : il souffle un vent mauvais sur les politiques culturelles depuis plusieurs années maintenant. Cependant, aujourd’hui c’est toute la chaîne des productions culturelles qui est mise à l’épreuve par une vaste offensive de l’extrême droite et de la droite extrême.

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Cette offensive tous azimuts a pour but explicite de reprendre à la gauche son hégémonie culturelle supposée, en s’inspirant paradoxalement d’Antonio Gramsci, le philosophe marxiste emprisonné par Mussolini. Gramsci considérait que la bataille politique se gagne sur le front culturel, par la conquête des âmes et la lutte contre les représentations dominantes. Toutefois, le philosophe n’entretenait pas une vision autoritaire ou totalitaire de la culture. Par ailleurs, le travail d’ascendance dans le champ des valeurs et des idées auquel il appelait allait de pair avec la construction d’un compromis avec des forces sociales diverses au sein de ce qu’il appelait un « bloc historique[1] ».

De cette théorie, l’extrême droite a retenu en particulier l’idée de bâtir méticuleusement son « hégémonie culturelle » sur la société afin de préparer son arrivée au pouvoir, un projet qu’elle s’applique à édifier de façon très raisonnée depuis bon nombre d’années. N’est-elle pas parvenue à imposer, par exemple, ses propres thèmes dans le débat politique et sociétal, ainsi que le vocabulaire correspondant ? Pour mener sa contre-révolution idéologique, elle dispose de soutiens financiers puissants, de relais médiatiques redoutables dans l’audiovisuel, d’une assise de plus en plus vaste dans la presse et l’édition, d’une emprise très significative sur la production cinématographique, d’une stratégie de formation de cadres politico-culturels prêts à prendre le gouvernail dans toutes les instances où la culture est en jeu,


[1] Cf. Gramsci dans le texte, recueil de textes sous la direction de François Ricci en collaboration avec Jean Bramant, Éditions sociales, 1975 ; Hugues Portelli, Gramsci et le bloc historique, PUF, 1972 ; Antonio Gramsci, L’hégémonie culturelle, Payot, 2024.

[2] C’est aussi dans ce sens qu’il faut entendre les attaques contre le CNC prononcées par diverses voix d’élus situés à l’extrême droite de l’échiquier politique, cet outil de production qui permet au cinéma français, dans des registres les plus variés, de briller depuis des décennies et d’imposer sa marque de manière indépendante sur un marché dominé par les Majors américaines.

[3] L’extrême droite rêve « d’assimilation » plutôt que d’inclusion ou d’intégration. Une manière d’inviter les populations ayant un lien avec l’immigration d’abandonner toute référence culturelle issue de leurs histoires familiales et de leurs parcours de vie. En quoi ces références, fondues dans la laïcité, ne seraient pas compatibles avec le pacte républicain ? Pourquoi est-ce encore si difficile dans notre pays d’articuler unité de la nation et diversité ? Ce type de synthèse n’a au demeurant rien à voir avec une logique multiculturaliste.

[4] Cf. Premier bilan du pass Culture, rapport de la Cour des comptes, 17 décembre 2024.

[5] Vers un livre blanc de la décentralisation culturelle, Observatoire des politiques culturelles, mars 2026.

Jean-Pierre Saez

Chercheur et photographe, ancien directeur de l’Observatoire des politiques culturelles

Mots-clés

Extrême droite

Notes

[1] Cf. Gramsci dans le texte, recueil de textes sous la direction de François Ricci en collaboration avec Jean Bramant, Éditions sociales, 1975 ; Hugues Portelli, Gramsci et le bloc historique, PUF, 1972 ; Antonio Gramsci, L’hégémonie culturelle, Payot, 2024.

[2] C’est aussi dans ce sens qu’il faut entendre les attaques contre le CNC prononcées par diverses voix d’élus situés à l’extrême droite de l’échiquier politique, cet outil de production qui permet au cinéma français, dans des registres les plus variés, de briller depuis des décennies et d’imposer sa marque de manière indépendante sur un marché dominé par les Majors américaines.

[3] L’extrême droite rêve « d’assimilation » plutôt que d’inclusion ou d’intégration. Une manière d’inviter les populations ayant un lien avec l’immigration d’abandonner toute référence culturelle issue de leurs histoires familiales et de leurs parcours de vie. En quoi ces références, fondues dans la laïcité, ne seraient pas compatibles avec le pacte républicain ? Pourquoi est-ce encore si difficile dans notre pays d’articuler unité de la nation et diversité ? Ce type de synthèse n’a au demeurant rien à voir avec une logique multiculturaliste.

[4] Cf. Premier bilan du pass Culture, rapport de la Cour des comptes, 17 décembre 2024.

[5] Vers un livre blanc de la décentralisation culturelle, Observatoire des politiques culturelles, mars 2026.