Le chimérisme sexuel pour penser le monde présent
On connait bien, en général, la figure mythologique de la chimère, une créature figure monstrueuse constituée de différentes parties de plusieurs animaux – tête de lion et queue de dragon dans sa forme la plus classique. La plupart des acceptions du mot renvoient peu ou prou à cette chimère originale, qui a connu de nombreux avatars. On retiendra pour ce qui nous intéresse qu’il s’agit d’une figure composite donnant lieu à un être hybride. Aussi cette figure a-t-elle donné son nom à un phénomène qui n’est en rien imaginaire. Le chimérisme renvoie à un phénomène biologique désignant la coexistence de deux sources génétiques différentes chez un même individu: « en génétique, une chimère est un organisme formé d’au moins deux populations de cellules génétiquement distinctes ».

Chez les humains, les cas de chimérisme – dont certains sont appelés microchimérisme – sont de deux ordres. Le plus connu et sans doute le plus courant concerne le trafic entre les cellules fœtales et les cellules maternelles. Il s’agit d’échanges bidirectionnels où chacun des êtres impliqués comporte, à la suite de l’échange, les cellules de l’autre entité : la mère n’est ainsi pas la seule à transmettre des gènes à l’enfant; celui-ci aussi peut transmettre des gènes à sa mère, chez qui ils peuvent demeurer plus ou moins longtemps. Cet échange peut survenir même dans le cas de fausses couches ou d’interruptions volontaires de grossesse. Le second renvoie aux êtres issus d’une double fécondation lors de la reproduction, le plus souvent dans le cas de grossesses gémellaires – un jumeau peut par ailleurs transmettre des cellules à son double. Cela survient plus fréquemment de nos jours, le recours à la procréation médicalement assistée favorisant le phénomène. D’autres types d’échanges peuvent survenir, dans certaines conditions de transfusions sanguines, par exemple. Plus fréquent qu’on ne le croit, le chimérisme remet radicalement en question l’idée d’une conception pure du soi.
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