Cette vieillesse que je ne saurais voir
On le sait sans le savoir, on y pense furtivement et on passe à autre chose car nombreuses sont les luttes[1]. Pourtant, l’absence des dernières étapes de la vie dans la critique anticapitaliste, tant dans les mouvements politiques et sociaux que dans les écrits théoriques ou militants, a de quoi interroger. La conscience de l’existence d’un âge de la vie, nommé vieillesse, et d’une catégorie de population, les personnes vieillissantes, s’exprime seulement lorsque des acquis sociaux ancrés dans le monde du travail sont menacés (par exemple les mobilisations contre la réforme des retraites). Cette absence d’attention à l’âge se double d’une disparition de la prise en considération des rapports sociaux de genre, ce qui rend les vieillesses féminines particulièrement invisibles.

L’impensé du vieillissement n’épargne pas les mouvements féministes. De longue date, les luttes se concentrent majoritairement sur la dimension sexuelle et reproductive : droit à l’avortement, droit à la contraception, lutte contre les violences sexuelles, la santé sexuelle, l’insécurité dans l’espace public, et, plus récemment les violences gynécologiques et obstétriques, la précarité menstruelle, le congé menstruel. C’est donc sur le corps sexué et reproductif que portent les revendications. Un autre terrain de luttes est constitué par le monde du travail, les inégalités salariales, les discriminations et le sexisme au travail, ainsi que la conciliation travail-famille. Mais on cherche en vain les réflexions et revendications sur une catégorie sociale qui augmente en nombre et en proportion, et sur un âge de la vie qui ne cesse de s’allonger.
Ni reproductives ni productives
Quelques voix s’élèvent pour parler de la ménopause, dans les milieux médiatiques, par exemple le magazine français en ligne Mesdames.media, fondé par Maïtena Biraben, qui s’adresse aux femmes « de plus de 45 ans » mais dans lequel on ne voit guère de femmes de plus de 70 ans, qui fait écho au magazine Vieux fon
