Postcapitalisme
Les gauches n’ont pas seulement besoin d’idées neuves pour lutter contre le glissement vers les droites extrêmes et autoritaires qui gagnent du terrain en France et à l’échelle de la planète. Il leur faut aussi un idéal régulateur général, un horizon de moyen ou long terme, à la fois désirable et réaliste, vers lequel les politiques qu’elles entendent conduire puissent converger.

Un tel horizon a existé par le passé : les idéaux révolutionnaires d’égalité, de liberté et de fraternité ; le principe communiste de justice « de chacun selon ses capacités » et « à chacun selon ses besoins ». Ces aspirations sont aujourd’hui bouleversées par le dépassement incontrôlé des limites planétaires qui menace à moyen terme l’habitabilité de la terre et la survie des espèces. L’horizon normatif des gauches s’en trouve redéfini.
À l’égalité, la solidarité ou l’entraide, et à l’autonomie individuelle et collective, s’ajoute l’exigence d’une vie digne pour toutes et tous, d’un bien-vivre minimal en matière de couverture des besoins, de santé et d’environnement, et dans le respect des milieux de vie et des autres vivants non humains sans lesquels la vie des humains n’est pas possible. Aussi impensable puisse-t-il paraître, le dépassement du capitalisme n’est pas, dans ce contexte, une simple lubie de révolutionnaires sans attaches ou désespérés, il est la condition de possibilité ultime de l’exigence éthique des gauches[1].
Le terme même de « postcapitalisme » rencontre immédiatement des objections, à droite mais aussi à gauche. On a déjà essayé, dit-on : les expériences soviétique, chinoise ou cubaine ont échoué et conduit à des régimes autoritaires, à des catastrophes humaines et environnementales. Un objectif aussi massif est écrasant : il affaiblit plutôt qu’il ne donne de l’espoir. Il préempterait le futur, alors que celui-ci demeure incertain et que l’on ne peut anticiper les effets en cascade des événements de rupture qui se multiplient en temps de crise. Il serait, e
