écologie

L’État écologique

Économiste

Malgré les engagements de la France, on ne compte plus les défaillances ou l’impuissance de l’État dans le champ environnemental. Pourtant la transition écologique, en tant que transformation profonde de l’économie et de la société, nécessite une organisation collective que seul l’État peut orchestrer. Il est temps de réinventer la planification écologique, et de l’assortir d’une volonté politique fondamentale.

On ne compte plus les défaillances de l’État dans le champ environnemental. Préférer la réintroduction de pesticides évalués comme cancérigènes au nom du rendement agricole ; renoncer au zéro artificialisation nette à celui du rendement foncier et du développement économique des villes ; augmenter les prélèvements en eau et les mégabassines sans réflexion prospective sur nos besoins et nos usages en eau ; orienter l’entretien des forêts vers la rentabilité de la filière bois plutôt que la résilience aux incendies ; éroder, chaque année, les budgets écologiques, du Fonds Vert au leasing électrique.

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Les engagements de la France en termes écologiques sont pourtant là : avec l’Accord de Paris et la Stratégie nationale bas carbone, l’État s’est donné comme objectif d’ici à 2050 d’inventer et de déployer une économie zéro carbone, c’est-à-dire de changer profondément nos modes de production et de consommation. Les enjeux sont colossaux : transformer notre agriculture, supprimer les énergies fossiles de nos modes de transport, redéfinir l’urbanisation et la ville de demain. Mais, le compte n’y est pas. Ces changements structurels ne se traduisent pas dans les politiques publiques ou dans les décisions budgétaires, et la baisse de nos émissions de gaz à effet de serre (GES) demeure insuffisante pour respecter nos engagements et rester dans les limites de concentration qui rendent la Terre habitable. L’État a d’ailleurs été condamné à réparer le préjudice moral et écologique de son inaction climatique en décembre 2018, lors de « l’Affaire du siècle ».

Pourquoi l’État est-il si impuissant ? Il semble aujourd’hui inapte à piloter le long-terme, à mettre en cohérence et articuler ses différentes politiques sectorielles, et à mettre l’habitabilité au-dessus de tout principe constitutionnel. En cause, l’influence des intérêts de court-terme et des lobbys industriels d’un côté, et l’obsession pour les arbitrages budgétaires de l’autre. La transition écologique en fait le


[1] Dominique Méda, « Sobriété : Sortir du mythe et passer à l’action », Note du Lierre, septembre 2022.

[2] Mathilde Szuba, « Le rationnement, outil convivial », dans Politiques de l’Anthropocène: Penser la décroissance, Presses de Sciences Po, 2021.

[3] Dimitri Zurstrassen, « Passer à l’échelle. Que retenir des épisodes passés de coopération européenne pour créer des champions européens ? » dans Transformer l’esprit industriel, Institut Avant-garde, juin 2025.

[4] Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, Les incidences économiques de l’action pour le climat, France Stratégie, 2023.

[5] Maxime Husson, « Planification : 21 thèses pour ouvrir le débat », Critique communiste, vol. 106–107, 1991.

[6] Clara Leonard, Juliette de Pierrebourg, Romain Schweizer et Jules Vérin, La boîte à outils du financement de la transition écologique. Rapport de l’Institut Avant-garde, 2024.

[7] Éric Monnet, Controlling Credit: Central Banking and the Planned Economy in Postwar France, 1948–1973. Cambridge University Press, 2018.

[8] Daniel Agacinski, Romain Beaucher, Céline Danion, L’État qu’il nous faut : des relations à nouer dans le nouveau régime climatique, Berger-Levrault, 2021.

[9] Benjamin Lemoine, L’Ordre de la dette. La Découverte, 2016.

[10] Voir par exemple Johanna Barasz, Hélène Garner, Julien Fosse, Mathilde Viennot, Emmanuelle Prouet, Emilien Gervais, Anne Faure, Soutenabilités ! Orchestrer et planifier l’action publique, Rapport de France Stratégie, 2022.

[11] Antoine Beis et François Dedieu, « La planification écologique ou l’impuissance organisée », AOC, 31 mars 2026.

Mathilde Viennot

Économiste, Cheffe de projet à France Stratégie et cofondatrice et vice-présidente de l'institut Avant-garde

Mots-clés

Gauche

Notes

[1] Dominique Méda, « Sobriété : Sortir du mythe et passer à l’action », Note du Lierre, septembre 2022.

[2] Mathilde Szuba, « Le rationnement, outil convivial », dans Politiques de l’Anthropocène: Penser la décroissance, Presses de Sciences Po, 2021.

[3] Dimitri Zurstrassen, « Passer à l’échelle. Que retenir des épisodes passés de coopération européenne pour créer des champions européens ? » dans Transformer l’esprit industriel, Institut Avant-garde, juin 2025.

[4] Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, Les incidences économiques de l’action pour le climat, France Stratégie, 2023.

[5] Maxime Husson, « Planification : 21 thèses pour ouvrir le débat », Critique communiste, vol. 106–107, 1991.

[6] Clara Leonard, Juliette de Pierrebourg, Romain Schweizer et Jules Vérin, La boîte à outils du financement de la transition écologique. Rapport de l’Institut Avant-garde, 2024.

[7] Éric Monnet, Controlling Credit: Central Banking and the Planned Economy in Postwar France, 1948–1973. Cambridge University Press, 2018.

[8] Daniel Agacinski, Romain Beaucher, Céline Danion, L’État qu’il nous faut : des relations à nouer dans le nouveau régime climatique, Berger-Levrault, 2021.

[9] Benjamin Lemoine, L’Ordre de la dette. La Découverte, 2016.

[10] Voir par exemple Johanna Barasz, Hélène Garner, Julien Fosse, Mathilde Viennot, Emmanuelle Prouet, Emilien Gervais, Anne Faure, Soutenabilités ! Orchestrer et planifier l’action publique, Rapport de France Stratégie, 2022.

[11] Antoine Beis et François Dedieu, « La planification écologique ou l’impuissance organisée », AOC, 31 mars 2026.