Pour une fabrique des territoires plus conviviale
Du plus petit village à la plus grande métropole, nos territoires sont soumis aux impacts des différentes crises que nous traversons, bouleversant nos représentations et plongeant dans le doute la plupart de nos acquis : géographiques, écologiques, culturels, démocratiques. Alors que nous possédons les outils techniques pour façonner le monde, voilà que la perplexité s’installe : les lieux ne sont plus ce qu’ils étaient ; prévoir leur futur devient une pelote d’incertitudes[1].

Dans ce contexte, comment les métiers qui œuvrent à la fabrique des territoires peuvent-ils réinventer leurs pratiques ? À l’image d’Atlas qui porte le monde, doivent-ils rester les seuls experts à répondre aux défis qui sont les nôtres ? Comment, grâce aux démarches artistiques et culturelles, peuvent-ils se laisser pénétrer par d’autres formes de savoirs – vernaculaires, situés, sensibles, poétiques – qui sont aussi cruciaux que les savoirs techniques et réglementaires aujourd’hui à l’œuvre ?
Tout comme de nombreux autres mondes professionnels, la fabrique urbaine, architecturale et paysagère souffre des multiples maux que notre société moderne engendre. Si ces nombreuses tensions sont désormais connues et reconnues par celles et ceux qui conçoivent et aménagent nos espaces de vie, la réponse ne demeure pas exclusivement dans un empilement de solutions techniques ou réglementaires, ainsi que cela se fait encore trop souvent. Car il est une crise qui se dit moins mais qui est pourtant majeure : la crise du sensible. Conséquence directe d’une désorientation politique de ce qu’est le progrès, cette crise est le fruit mûr d’une ancienne séparation entre le plaisir et la connaissance – issue d’un grand partage entre les sciences et les arts – et d’une déconnexion unilatérale entre l’humain et le vivant[2]. Ce constat fait, il est aujourd’hui urgent que les bifurcations sociales et écologiques contemporaines s’emparent de cette reprise du sensible. Il s’agit là d’un atout majeur à mobil
