Société

Pour un urbanisme de la santé mentale

Socio-démographe

Comment concevoir des villes qui préviennent les troubles psychiques ? Si la santé mentale est souvent abordée comme un problème individuel issu de causes familiales ou biologiques et à traiter par la thérapie, elle est pourtant liée à la société dans laquelle nous évoluons : à nos logements, nos interactions, et plus généralement nos environnements sociaux, politiques, urbains, etc.

Longtemps, la santé mentale a été pensée comme une affaire individuelle. On y cherchait des causes biologiques, familiales ; on l’abordait à travers le prisme du soin, de la psychiatrie ou des comportements personnels. Or, à mesure que le mal-être progresse dans les sociétés contemporaines, une évidence s’impose : nous ne souffrons pas seulement dans nos têtes, nous souffrons aussi dans les lieux que nous habitons.

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Cette idée n’a rien d’une métaphore. Les résultats d’une étude de l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France à partir des données du Baromètre des Franciliens 2023 de L’Institut Paris Region montrent que la perception du cadre de vie, les relations de voisinage, les conditions de logement ou encore le sentiment de sécurité sont étroitement associés à l’état de santé mentale des habitants. Plus encore, l’étude suggère que l’urbanisme ne devrait plus être envisagé uniquement comme une politique du logement, du transport ou de l’environnement, mais aussi comme une politique de santé mentale.

Cette évolution oblige à déplacer le regard. La question n’est plus seulement de savoir comment soigner les troubles psychiques, mais comment concevoir des villes qui contribuent à les prévenir.

La ville malade ou la fin de l’illusion fonctionnelle

L’une des principales limites des approches traditionnelles de la santé mentale consiste à individualiser les causes des souffrances psychiques. L’attention se porte sur les vulnérabilités personnelles, les trajectoires biographiques, les comportements ou les facteurs biologiques. Bien que ces dimensions soient essentielles, elles ne suffisent pas à expliquer l’augmentation des difficultés psychiques dans de nombreuses populations.

La littérature scientifique en sciences sociales et santé publique a mis en avant le rôle des déterminants sociaux et environnementaux dans le bien-être psychique : conditions de logement, précarité économique, qualité des relations sociales ou caractéristiques des quartiers. En 2023


Catherine Embersin

Socio-démographe, chargée d'études à l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France