Politique

L’effacement de la sociale-démocratie européenne

Philosophe

L’effacement de la sociale-démocratie européenne, tel qu’en témoignent les résultats électoraux des partis qui la représentent, est-elle définitive ? Quand l’Europe ne semble plus en mesure d’engendrer le niveau de prospérité nécessaire pour garantir l’économie sociale de marché. Si la sociale-démocratie doit se réinventer, les partis dits de gouvernement y sont-ils prêts ?

En France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, les partis sociaux-démocrates, longtemps dominants, voient leurs résultats électoraux se réduire comme peau de chagrin. Ces partis politiques qui ont longtemps représenté plus de 30 % de l’électorat peinent à dépasser aujourd’hui la barre des 10 % en France, des 20 % en Grande-Bretagne (17 % pour le Labour aux dernières élections municipales du 7 mai 2026), tandis qu’un tout récent sondage en Allemagne, la terre natale de la sociale-démocratie, donne le SPD à 12 %.

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Certains évoquent même, à propos de ce dernier, « la descente aux enfers d’un parti menacé de disparition » (Mediapart, 22 juillet 2026). Sans doute la sociale-démocratie européenne est-elle victime de son succès historique et de sa diffusion dans la culture politique et sociale bien au-delà de la gauche.

Il n’est pas nécessaire de rappeler ici combien elle a réussi à imposer son idéologie et son mode de gouvernance dans tous les pays d’Europe occidentale, même quand elle n’était pas au pouvoir ; elle a été un moteur puissant de la construction européenne dont elle inspire les principes. Viendra un jour où les livres d’histoire accorderont plus de place à Jacques Delors qu’à François Mitterrand. Pourtant la sociale-démocratie n’imprime plus. Elle se trouve débordée de partout.

En France le radicalisme est aujourd’hui dominant à gauche ; en Allemagne les sondages montrent que Die Linke est en voie de dépasser le SPD. En Belgique le Parti du travail de Belgique (PTB), d’origine marxiste-léniniste, ne cesse de progresser avec l’ambition de remplacer le parti socialiste. De même, à droite s’imposent des partis comme le Rassemblement national, Reform UK ou Alternative für Deutschland, imperméables à son influence, au contraire de la droite antérieure liée à la gauche par le consensus de 1945 et par leur lutte partagée contre le fascisme.

On est certes en droit de penser que la situation est conjoncturelle et n’interdit pas un retour à meilleure fortune, qu


Pierre Caye

Philosophe, Directeur de recherche au CNRS