Zéro Point de Fixation
17 octobre 2026, environ deux cents hommes attendent un thé chaud et un morceau de pain, en file, sous la pluie. Certains grelottent dans des tenues inadaptées, la moitié sont en tatanes, quelques-uns sont encore adolescents. Sur ce rond-point en face de l’hôpital de Calais, se tiennent deux distributions : celle des bénévoles de l’association Salam, à qui des étudiantes de Sciences Po viennent prêter main forte pour le week-end ; et, un peu plus loin, celle de « La Vie active », association financée par la préfecture, dont les distributions sont accompagnées par la police.

Les hommes peuvent se laver les mains et le visage à une rampe d’eau, et repartent dans les buissons. Aucune installation n’est visible qui pourrait ressembler à un campement ou une habitation. C’est interdit. On estime pourtant que plus de deux mille personnes migrantes se trouvent sur le littoral, dont un nombre croissant de femmes et d’enfants, invisibles dans les files d’attente.
Dix ans après
Dix ans auparavant, on pouvait, dans la « Jungle » de Calais, boire un thé et manger un repas chaud pour quelques euros dans l’une des échoppes du bidonville. Le lieu hébergeait en octobre 2016 entre 6 900 (selon l’État) et 10 190 personnes (selon le recensement associatif), dans des cabanes faites de planches recouvertes de bâches, des tentes, ou de conteneurs installés par l’État pour mettre à l’abri les plus vulnérables, suite aux mobilisations humanitaires. Plusieurs dizaines d’associations intervenaient, et des centaines de bénévoles venant de toute la France, du Royaume-Uni, et de divers pays voisins ou plus lointains. Après l’émotion suscitée par les drames en Méditerranée (et en particulier la diffusion de la photo d’un enfant noyé gisant sur une plage de Turquie, en septembre 2015), la « Jungle » de Calais est devenue un point de convergence non seulement pour des personnes en migration cherchant un abri le temps de traverser la frontière, mais aussi pour des personnes solidaires venu
