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Les élections en Israël ou l’art de (dés)espérer

Historien et sociologue

HaTikva, l’espoir : c’est le nom de l’hymne national israélien. Depuis les années 2020, au désespoir de voir un jour la paix s’est ajouté un doute plus intime, sur la possibilité même d’un Israël démocratique. Les élections du 27 octobre ne l’ont pas dissipé. Faute d’oser s’allier aux partis arabes, grands gagnants du scrutin, l’opposition à Netanyahou laisse ouverte la voie à son retour. En Israël, espoir et désespoir restent indissociablement noués.

On voudrait ici rendre compte des résultats des élections du 27 octobre en Israël sous un angle particulier, celui de l’espoir, et donc, aussi, du désespoir. En ces temps où Israël est surtout la cible de critiques, il paraîtra étrange de parler d’un privilège : celui d’éprouver sur ce pays, en priorité, un désespoir politique singulier. Mais on ne saurait ignorer la variété des émotions qui se portent, encore, sur un Israël qui demeure aimé, parfois, autant qu’il est détesté.

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Espoir : ce mot est, pourrait-on dire, à l’origine d’Israël, à travers le nom de l’hymne national, HaTikva, l’espoir, titre d’un poème de 1878 de Naftali Herz Imber d’abord chanté dans les congrès sionistes avant d’être adopté par le nouveau pays. Le livre de Theodor Herzl, L’État des Juifs (1896) est l’expression d’un espoir : « L’an prochain à Jérusalem ! Tel est notre vieux mot. Il s’agit maintenant de montrer que cet espoir peut se transformer en une splendide réalité. » Mais aussi, l’espoir a donné son nom à une ville pionnière (Petah Tikva), ou encore à un quartier populaire de Tel-Aviv.

Une petite histoire d’espoirs proche-orientaux

Israël a été une terre porteuse d’espoir au-delà de ses frontières. Après la Seconde Guerre mondiale, le pays jouit en Occident, globalement, d’une image remarquablement positive. Dans la constellation antiraciste, l’idée d’un pays qui mette les Juifs à l’abri suscite un remarquable espoir. Et lorsque ce pays se trouve embarqué dans une suite de guerres dont il n’est alors pas vu comme essentiellement responsable, l’espoir devient celui de mettre fin au conflit entre Israël et ses voisins.

La guerre de 1967 change la donne : Israël devient la cible d’une critique croissante, sans que les espoirs disparaissent, parfois les plus fragiles, rythmant l’histoire du Proche-Orient, les déceptions n’empêchant pas l’espoir de renaître même s’il apparaît bien souvent plus médiatique que réaliste. Un exemple, début 2005, il y a plus de vingt ans : Ariel Sharon


[1] C’est aussi le titre du remarquable documentaire d’Anat Even, à propos de la guerre à Gaza et d’un des kibboutz frappés le 7 octobre.

[2] Chez saint Paul, l’espérance est une des trois vertus chrétiennes, aux côtés de la foi et de la charité. La bibliothèque de l’espérance est immense. Une quasi-constante : les théologiens ne font pas l’éloge d’une espérance tranquille et continue, l’espérant doit douter un peu pour que son espérance soit vivante. Un peu, mais pas trop, ou pas trop longtemps…

Jérôme Bourdon

Historien et sociologue, professeur au département de communications de l’Université de Tel Aviv

Notes

[1] C’est aussi le titre du remarquable documentaire d’Anat Even, à propos de la guerre à Gaza et d’un des kibboutz frappés le 7 octobre.

[2] Chez saint Paul, l’espérance est une des trois vertus chrétiennes, aux côtés de la foi et de la charité. La bibliothèque de l’espérance est immense. Une quasi-constante : les théologiens ne font pas l’éloge d’une espérance tranquille et continue, l’espérant doit douter un peu pour que son espérance soit vivante. Un peu, mais pas trop, ou pas trop longtemps…