Lauréline Fontaine : La colonisation néolibérale du droit par la langue
Les influences du néolibéralisme sur le droit, ou a contrario la capacité de celui-ci à servir de rempart aux exigences néolibérales, ont jusqu’ici essentiellement été analysées du point de vue du contenu du droit. Mais on peut aussi déplacer la question du côté de la langue. Est- ce que le droit n’a pas été contraint d’adopter le langage néolibéral ? De telle sorte que, parce qu’il est un filtre, le langage juridique ferait de tout objet du droit un objet néolibéral.
Pour répondre, il faut se pencher sur l’utilisation généralisée des registres sémantiques de la «confiance» (loi de 2019 pour une école de la confiance, par exemple) et du « risque », qui ne privilégient ni la conformité au droit ni la réalité effective d’une situation, mais fondent l’action à partir de ce qui n’existe pas. Ces termes, qui génèrent une adhésion instantanée, font la loi – ils font loi.
Il faut aussi considérer comment la langue du droit s’écrit. Soit de manière illisible, soit, au contraire et sous couvert de simplification, en recourant aux pictogrammes. Quelque chose est censé être dit, mais c’est sans explicitation. En prônant un prétendu accès au droit, on reporte la responsabilité sur le destinataire, on simule du consentement éclairé, on transforme le droit en cohérence avec la philosophie néolibérale.
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ISBN 978-2-492542-28-2
Collection « Imprimés AOC » – n° 28
64 pages, dos carré collé
Février 2026

