Qu’est-ce qu’une guerre civile ?
Au sein de la catégorie des crises structurelles, la guerre civile est une configuration politique caractérisée par la compétition violente entre des ordres sociaux sur un territoire étatique (et même si l’État disparaît). Autrement dit, la guerre civile ne se distingue pas par la contestation de l’État, ni l’usage de la violence, mais par une situation d’équilibre – instable et provisoire – entre des ordres sociaux en concurrence sur un même territoire national.

Un ordre social est constitué par des autorités politiques qui régulent la violence et le droit, fixent en partie la valeur des différentes espèces de capitaux et les rapports entre champs sociaux. Un ordre social présente des similitudes avec un espace hétérotopique[1], mais la relation d’englobement disparaît au profit d’une contestation violente du pouvoir avec un projet de remplacement de ce dernier ou de sécession.
Certains critères sont déterminants pour affirmer l’existence d’un ordre social : une autorité politique, une bureaucratie même embryonnaire, une régulation du droit et de la violence. Les ordres sociaux rivaux sont immédiatement visibles quand les mouvements armés sont territorialisés, mais d’autres modalités comme une division jour/nuit du contrôle de la population peuvent également exister, éventuellement de façon transitoire. En situation pacifiée, il existe un seul ordre social sur un territoire étatique, l’État (au sens de réseau d’institutions) bénéficiant d’un monopole de la représentation internationale.
La guerre civile ainsi définie n’est pas exclusive d’autres catégories : génocide, guerre de décolonisation, révolution, etc. En Afghanistan, les Taliban imposent une révolution sociale ultra-conservatrice ; la guerre civile au Rwanda débouche sur un génocide. Elle peut n’être qu’un moment dans un conflit, comme en Ukraine où elle prend la forme, en 2014, d’un mouvement sécessionniste au Donbass avant de devenir une guerre interétatique. Dans cette optique, les guerres civ
