Du nouveau sur les rapports de l’environnemental et du social
Depuis les années 1970, où la question écologique (ou environnementale) est devenue globale et politique, un argument revient sans cesse : celui de l’incompatibilité de l’environnemental et du social. On a d’abord prétendu que le souci de l’environnement, de la qualité et pas seulement de la quantité, était un souci de nantis, de « bobos » dont les besoins matériels étaient satisfaits, souci étranger à tous ceux qui devaient satisfaire leurs besoins élémentaires. Et les deux préoccupations pouvant être contradictoires, il fallait alors choisir entre « sauver la nature et nourrir la population[1] », comme si les espaces naturels protégés étaient autant de terres soustraites à leur mise en culture au bénéfice des plus défavorisés. Qu’il s’agisse du rapport Meadows (1972) appelant à limiter la croissance, ou des projets de développement durable (après la Conférence de Rio en 1992), il a paru aller de soi que cela ne pouvait se faire qu’au détriment de l’emploi.

Quant à la transition écologique, telle qu’on en parle depuis les années 2000, qu’elle soit comprise avant tout comme une transition énergétique, permettant le remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables ou décarbonées, ou que l’on insiste aussi sur une limitation de la consommation et l’adoption de modes de vie plus sobres, on a, là encore, fait valoir que le poids en porterait sur les populations les plus pauvres et les plus défavorisées et que, soit que l’on s’en émeuve, soit que l’on redoute des mouvements sociaux hostiles aux mesures écologiques, cela justifiait que les mesures assurant la transition soient retardées. Depuis quelque temps, l’idée s’est répandue que l’opinion publique, dans sa généralité, se détournait de plus en plus des objectifs écologiques, et l’on a parlé de backlash.
Tout n’est pas entièrement faux dans les arguments avancés, bien sûr, mais une étude un peu précise du contexte dans lequel ils fonctionnent, laisse supposer que ces accusations, et tout par
