Littérature

La violence de l’Ouest – sur Les Orphelins d’Éric Vuillard

Écrivain

Fidèle à sa méthode, Éric Vuillard consacre avec Les Orphelins une histoire de Billy the Kid, un récit bref et tout en style à un personnage célèbre, qu’il arrache au confort de la seule mythologie pour le soumettre aux mystères de l’Histoire et de l’humanité. On sait très peu de choses sur Billy the Kid (1859-1881), mais de ce presque rien, l’écrivain fait une leçon de prose qui résonne singulièrement avec le présent de l’Amérique.

Tandis que paraît le douzième livre d’Éric Vuillard, Les Orphelins, on aurait assez envie, parcourant sa bibliographie à rebours, d’envisager quelque chose comme son « discours de la méthode ». Ses livres sont presque toujours brefs, présentés comme des récits plutôt que des romans, où se devine une sorte de pulsion première du style, laquelle a rencontré au fil des titres et des années sa matière favorite et quasi unique : l’Histoire.

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Éric Vuillard est un styliste qui aime les archives, les journaux, peut-être même les manuels d’autrefois, où il va traquer les préjugés qui encombrent de longue date la représentation des faits : c’est un redresseur de torts, disons, avec ce que cela peut impliquer de pose, parfois, et de sens politique, surtout. Il entre dans le grand saloon de l’Histoire en faisant claquer d’un coup de bottes (à éperons) les battants bruyants de la porte. Vous allez voir ce que vous allez voir, semble-t-il nous annoncer, ainsi, à chaque fois, dans une sorte de pré-générique implicite, où l’on croirait entendre un air un peu théâtral, et cependant ironique, d’harmonica.

C’est le cas pour Les Orphelins, ce nouveau livre qui commence ainsi : « À dix-sept ans, il tua son premier homme. » On est bien dans un monde de western, puisque ce « il » est celui d’un individu que la mythologie a retenu sous le nom de Billy the Kid, dont l’écrivain va s’employer à dépoussiérer, si l’on peut dire, le destin bref (il est mort à 21 ans) qui a tant fasciné déjà les artistes, cinéastes, musiciens ou essayistes, et produit pas mal d’œuvres en tout genre. C’est cela, la méthode Vuillard : comme il l’a fait par exemple pour la colonisation (dans Congo), la Révolution française (dans 14 Juillet) ou les origines de la première guerre mondiale (dans La Bataille d’Occident), l’écrivain entreprend un travail qu’on pourrait dire de déconstruction, se proposant de démonter les rouages idéologiques d’un récit généralement admis, pour produire à la place la version reco


Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire