Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire

Fabrice Gabriel est écrivain. Il a publié aux éditions du Seuil, dans la collection « Fiction & Cie », une manière de trilogie romanesque : Fuir les forêts (2006), Norfolk (2010), Une nuit en Tunisie (2017). Il est également l’auteur d’un essai sur le peintre Jean Fautrier (L’homme ouvert, 2002) et de textes divers pour des revues et catalogues d’exposition. Il a longtemps travaillé comme journaliste culturel et critique littéraire, pour les Inrockuptibles et à la radio (en particulier à France Inter). Né à la frontière allemande, il a vécu à Paris, puis à New York où il fut attaché culturel, en charge du Bureau du Livre français, et désormais à Berlin, où il a dirigé pendant cinq ans l’Institut français. Ses livres se nourrissent volontiers de références aux artistes, peintres, cinéastes, musiciens ou écrivains qu’il aime. Ni autofictions, ni récits traditionnels, ils tentent de dire un certain trouble du temps, le rapport entre la commune expérience du présent et le travail singulier de la mémoire (à moins que cela ne soit l’inverse).

Ses publications sur AOC

mercredi 06.01.21

Critique

Déclarer son nom – sur Le Neveu d’Anchise de Maryline Desbiolles

par

Vingt ans après Anchise, roman qui obtint le prix Femina en 1999, Maryline Desbiolles reprend les mêmes personnages et les mêmes lieux, qu’elle revisite par la voix d’un adolescent dans Le Neveu d’Anchise. Ce jeune homme d’aujourd’hui ne fait pas semblant de parler une langue supposée contemporaine : sa voix vient de loin, peut-être même de Virgile, pour dire au plus juste le monde où nous sommes, dans un livre qui s’affranchit du réalisme et atteint à une autre forme de vérité, terriblement littéraire et simplement belle, soucieuse tout à la fois d’ascendance et de renouveau.

vendredi 25.12.20

Critique

Lire sans gants ? – à propos de Notre dernière sauvagerie d’Éloïse Lièvre

par

Notre dernière sauvagerie est un livre d’images mais sans image : un livre d’imagination, où il faut réinventer la recension des situations de lecture et couvertures des volumes photographiées dans le métro par Eloïse Lièvre. L’écrivaine et presque enquêtrice envisage et met en ordre les mille et une façons de penser notre rapport aux livres. Mais, au milieu de ceux-ci, il y a un autre fil : le nœud défait du couple, telle une blessure prête à s’ouvrir à nouveau. Rediffusion du 29 septembre 2020.

lundi 14.12.20

Critique

Du plaisir (ambigu) des anthologies et autres œuvres (presque) complètes – sur Peter Handke et la poésie latine

par

Qu’ont de commun Peter Handke, prix Nobel de littérature controversé en 2019, et un poète oublié du Moyen Âge écrivant des vers en latin ? Peu de choses, a priori, si ce n’est qu’on retrouve leurs textes dans deux imposants et très beaux volumes de traductions publiées concomitamment : Les Cabanes du narrateur de Peter Handke et l’Anthologie bilingue de la poésie latine sous la direction de Philippe Heuzé. C’est l’occasion de s’interroger d’abord sur ce que peut signifier le geste de choisir des œuvres en les réunissant en un même volume, et de re-parcourir à partir de là, un peu comme en rêve, les territoires illimités d’une certaine littérature… de voyage (autour de notre chambre).

mercredi 18.11.20

Critique

L’abri de l’écrit – sur Mon père et ma mère d’Aharon Appelfeld

par

Aharon Appelfeld est mort en janvier 2018, à l’âge de 86 ans, laissant une œuvre romanesque considérable et, pour le lecteur français, le trésor non épuisé de livres nombreux à découvrir encore, par la grâce de sa traductrice Valérie Zenatti, qui fut aussi son amie. C’est ainsi qu’on peut lire aujourd’hui Mon père et ma mère, publié en hébreu en 2013 : le récit des dernières vacances dans les Carpates du jeune Erwin, double d’Aharon, à l’été 1938, quand la guerre menace, que les paysans commencent à s’en prendre aux Juifs, que la catastrophe s’annonce. Ce n’est pourtant pas un simple récit de souvenirs : un magnifique acte de foi, plutôt, dans les pouvoirs de la littérature.

mercredi 11.11.20

Critique

Un lieu commun – à propos de Chaudun, La montagne blessée de Luc Bronner

par

Dans Chaudun, La montagne blessée, Luc Bronner raconte l’histoire étonnante d’un village des Hautes-Alpes abandonné et vendu par ses habitants à l’État à la fin du XIXe siècle : à force de déforestation et de surpâturage, la nature alentour avait été littéralement ruinée par ces gens modestes, qui essayaient en vain de s’extraire de la misère. Quelle leçon tirer de cette « faute » ? Fondé sur un travail d’archiviste aussi passionnant que minutieux, le livre du futur ancien directeur de la rédaction du Monde est d’abord une réflexion sur le présent.