Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire

Fabrice Gabriel est écrivain. Il a publié aux éditions du Seuil, dans la collection « Fiction & Cie », une manière de trilogie romanesque : Fuir les forêts (2006), Norfolk (2010), Une nuit en Tunisie (2017). Il est également l’auteur d’un essai sur le peintre Jean Fautrier (L’homme ouvert, 2002) et de textes divers pour des revues et catalogues d’exposition. Il a longtemps travaillé comme journaliste culturel et critique littéraire, pour les Inrockuptibles et à la radio (en particulier à France Inter). Né à la frontière allemande, il a vécu à Paris, puis à New York où il fut attaché culturel, en charge du Bureau du Livre français, et désormais à Berlin, où il a dirigé pendant cinq ans l’Institut français. Ses livres se nourrissent volontiers de références aux artistes, peintres, cinéastes, musiciens ou écrivains qu’il aime. Ni autofictions, ni récits traditionnels, ils tentent de dire un certain trouble du temps, le rapport entre la commune expérience du présent et le travail singulier de la mémoire (à moins que cela ne soit l’inverse).

Ses publications sur AOC

jeudi 16 .01

Critique

Mange tes morts ! – à propos de Voir de ses propres yeux d’Hélène Giannecchini

par

Voir de ses propres yeux, c’est le défi que se lance Hélène Giannecchini dans un second livre qui peut se lire comme une expérience, davantage encore que comme un roman, ou plutôt comme la tentative de confronter une aventure personnelle à la possibilité de son explicitation théorique, documentée. « Voir de ses propres yeux », c’est s’aider des textes que l’on lit, que l’on cite, que l’on scrute, pour y distinguer à la manière d’un palimpseste ce qui ne se peut regarder fixement, la mort même.

mercredi 08 .01

Critique

Une voix et des fantômes – à propos de Je ne répondrai plus jamais de rien de Linda Lê

par

Je ne répondrai plus jamais de rien est le chant de mort d’une mère disparue, mais aussi la quête d’une fille qui, elle, continue de chercher des réponses. C’est au creux de l’absence que s’élève l’appel aux mots, aux voix, parfois échos, parfois fantasmes, qui interrogent le mystère de la disparition – que celle-ci ait lieu dans la mort ou par le refuge dans l’imaginaire. Un livre d’incantation donc, que Linda Lê signe une fois encore dans une langue en toute en tension retenue, un livre de fantômes à la présence unique.

mercredi 25 .12

Critique

Un homme singulier – à propos du Peuple de mon père de Yaël Pachet

par

Dans Le Peuple de mon père, Yaël Pachet fait le portrait de son père défunt, Pierre. Professeur, intellectuel, pilier de la Quinzaine littéraire de Maurice Nadeau, Pierre Pachet (1937-2016) devint à proprement parler écrivain sur le tard, avec un livre assez extraordinaire, Autobiographie de mon père, où il racontait, ainsi, la vie de son propre père à la première personne… Ce n’est pas ce qu’a choisi de faire ici sa fille, mais c’est encore une affaire de filiation et de famille, d’identité, peut-être de genre, et surtout de littérature : rendre justice à son père, c’est trouver la justesse d’une forme, dans un livre qui respecte – magnifiquement – la singularité de son sujet. Rediffusion du 24 octobre 2019.

mercredi 04 .12

Critique

Speed of Life, une vie de la mort – sur l’exposition de Peter Hujar au Jeu de Paume

par

Paradoxalement, Speed of life nous arrête : cette vitesse du temps que le titre suggère fait déjà signe vers son évanouissement. Le photographe Peter Hujar, en cela fidèle aux mots de Susan Sontag, saisit ici la tension entre figé et fugace, leur inévitable croisement et, à rebours d’une certaine conception contemporaine de l’exposition, nous invite à la voix basse et au recueillement face à des figures de l’intime évoquant un New York qui ne se résume pas à son mythe.

lundi 04 .11

Critique

Un autre dimanche – à propos d’Un dimanche à Ville-d’Avray de Dominique Barbéris

par

Du Dimanche de la vie de Raymond Queneau aux Dimanches d’août de Patrick Modiano, et sans même remonter aux Complaintes de Jules Laforgue, il existe une longue tradition littéraire du dimanche, que Dominique Barbéris prolonge dans un beau roman mélancolique et, à sa façon, très « français », ce qui explique peut-être qu’il ait eu longtemps sa place sur la liste des sélectionnés pour le Prix Goncourt, comme sur celle du Femina. Un dimanche à Ville-d’Avray est pourtant un livre singulier, qui pose sans en avoir l’air la question de l’universalité possible (des charmes) de la littérature.