Cinéma

Travaux manuels et jeux d’échecs – sur The Mastermind de Kelly Reichardt

Critique

The Mastermind ordonne un récit de la fatalité où chaque geste en appelle un autre jusqu’à une implacable conclusion. Ce nouveau film n’a pourtant rien de cadenassé, variation jazzy du film de braquage et des échappées existentielles du cinéma américain des années 1970. Si son antihéros Mooney rejoint la grande famille des marginaux du cinéma de Kelly Reichardt, il est aussi celui qu’elle regarde avec distance critique.

Une main soulève subrepticement le capot d’une vitrine. Elle tire le plateau de bois où sont exposées des figurines en bois, se saisit de l’une d’elles du bout des doigts puis la cache dans un étui à lunettes. Un petit tour de passe-passe en préparation d’un gros coup : le cambriolage d’un musée (enfin de quelques toiles du peintre Arthur Dove, à l’esthétique assez proche de celle de Georgia O’Keeffe, toiles dont on ne sait si elles ont été choisies pour leur valeur marchande ou pour leur expressivité colorée).

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Nous ne sommes pas (encore) dans la galerie d’Apollon pour l’adaptation hollywoodienne d’Ocean’s Louvre (On a volé les bijoux de la couronne), mais dans la toute première séquence de The Mastermind, le « vrai-faux » film de braquage de Kelly Reichardt.

Il y a le cinéma d’auteur, le cinéma artisanal et le cinéma manuel. Cette séquence l’affirme, Kelly Reichardt pratique les trois à la fois. Dans la lignée de Robert Bresson, filmer le travail des mains est aussi primordial que filmer les visages.

Ce travail de la main, on l’entend même… avant même la toute première image. Puisque le premier stimulus du film est sonore : le frémissement d’une batterie. Pas de roulements de tambour, plutôt des caresses syncopées sur les peaux des caisses claires. Ce sont les premières notes d’une BO jazzy, signée du trompettiste Rob Mazurek, qui accompagne les déambulations de James B. Mooney, un grand échalas, le dit « Mastermind », titre et dénomination qui se révèlent rapidement ironiques. À l’image, la main qui dérobe et au son, la main qui joue. À moins que la main qui dérobe soit aussi celle qui joue, tant l’assurance du geste évoque celle d’un maître du jeu d’échecs, qui sait où et quand déplacer sa pièce. C’est sans compter qu’en matière d’échecs, un autre sens du terme vient s’imposer assez rapidement.

Ainsi donc, il suffit d’un geste et de quelques notes accordées pour que le son et l’image se connectent de manière organique et que le film impose d’emblée son


[1] Le début de film se déroule dans le fictif Framingham Museum of Art. Les salles ont été construites en studio, mais le hall d’entrée, l’escalier, la cafeteria et les vues extérieures montrent le Cleo Rogers Memorial Library à Columbus (Indiana), dont l’architecte est Ieoh Ming Pei, et inauguré en 1971.

[2] L’ambiance de la séquence rappelle la toile de David Hockney Mr and Mrs Clark and Percy peinte en 1970, l’année où se déroule le film.

Rayonnages

CultureCinéma

Notes

[1] Le début de film se déroule dans le fictif Framingham Museum of Art. Les salles ont été construites en studio, mais le hall d’entrée, l’escalier, la cafeteria et les vues extérieures montrent le Cleo Rogers Memorial Library à Columbus (Indiana), dont l’architecte est Ieoh Ming Pei, et inauguré en 1971.

[2] L’ambiance de la séquence rappelle la toile de David Hockney Mr and Mrs Clark and Percy peinte en 1970, l’année où se déroule le film.