Architecture

Studio Acte : « Ça veut dire quoi réemployer du bois issu d’un pillage colonial ? »

Architecte, curatrice

L’étude de la culture du réemploi de matériaux, très présente aux Pays-Bas, soulève au-delà des considérations financières de nombreuses questions culturelles et historiques sur le patrimoine, la mémoire et l’héritage colonial. Le rôle des acteurs publics est alors essentiel pour soutenir et structurer des dynamiques qui s’interrogent, à l’instar des architectes de Studio Acte, sur ces pratiques de réemploi.

Réemployer un matériau, c’est hériter de son histoire. Mais à qui appartiennent réellement les matériaux qui nous entourent ? À celles et ceux qui les ont extraits, qui les ont transformés, qui les ont utilisés ou qui les récupèrent aujourd’hui ? C’est précisément cette question matérielle, historique et culturelle qu’ont abordée Estelle Barriol et Fanny Bordes, les deux architectes de Studio Acte, basé entre les Pays-Bas et la France.

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En arpentant les entrepôts de revendeurs de matériaux de Rotterdam – les salvage dealers, filières de récupération – elles sont tombées presque par hasard sur un stock impressionnant de bois tropical. Originaire des Guyanes, extrait pendant la période coloniale puis acheminé jusqu’en Europe, il a été utilisé pendant des centaines d’années comme pieux d’amarrage au fond des ports néerlandais.

Alors qu’il est aujourd’hui retiré et remis en circulation sur le marché, revendu comme n’importe quel matériau de construction, les architectes mettent en lumière les controverses enfouies dans la pratique du réemploi. Car réemployer des matériaux ne s’improvise pas. Cette pratique s’apprend sur le tas, loin des écoles d’architecture, au contact des matériaux eux-mêmes et de la connaissance intime de leurs filières. Mais le bois des Guyanes a ouvert une brèche bien plus vertigineuse. Que faire quand les matériaux que l’on réemploie sont le produit de l’extraction coloniale ? Comment en faire usage sans reconduire ce que l’on cherche précisément à déconstruire ? Et comment faire du réemploi, non pas seulement une pratique matérielle circulaire, mais une manière critique d’aborder les héritages ? O.R.

Après avoir étudié l’architecture en France, vous avez fondé Studio Acte à Rotterdam. Qu’est-ce que cette culture de l’expérimentation, qui caractérise souvent l’architecture néerlandaise, a apporté à votre pratique ?
On mène un travail de recherche qui nous oblige à expérimenter, à comprendre, à aller sourcer les matériaux directement. On s


Océane Ragoucy

Architecte, curatrice