International

Guerre contre l’Iran : ce que nous avons oublié de savoir

Politiste

Face à la guerre d’agression illégale des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, notre démission morale et politique est tragique. Le temps où la France rappelait à ses alliés les principes du droit international est révolu et Emmanuel Macron a étrangement choisi de ne pas saisir l’opportunité de réaffirmer la tradition diplomatique française.

Une voix solitaire s’est élevée en Europe pour refuser de s’associer à ce qui est tout bonnement une guerre d’agression contraire au droit international et lourde de crimes de guerre, voire contre l’humanité. Une voix dont nous aurions attendu, et pu espérer, qu’elle fût celle de la France. Mais elle est venue d’Espagne, de la bouche de son Premier ministre.

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Il est décidément révolu, le temps où la France savait transcender les clivages des alliances dont elle était partie prenante pour rappeler les grands principes d’un droit international que ses éminents juristes avaient contribué à fonder, au lendemain de la seconde guerre mondiale, ou tout simplement pour énoncer le b.a.-ba de la raison politique. Le temps du discours du général de Gaulle, à Phnom Penh, en 1966, ou de celui de Dominique de Villepin, à la demande de Jacques Chirac, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, en 2003.

Face à ces événements tragiques que nous vivons et dont nous ne connaissons pas l’issue, peut-être plus tragique encore, notre démission, morale et politique, est complète. Elle s’explique par l’altération continue de notre conscience historique, sous les effets d’un débat public émollient. Notre jugement – si l’on veut à tout prix rester dans le registre de l’indulgence – se forge dans l’oubli de faits élémentaires, si tant est qu’ils n’aient jamais été appris au lycée ou à l’Université.

Premier petit rappel historique

Petit rappel à l’usage des mauvais élèves, dont certains exercent de bien grandes responsabilités…

  1. La guerre qu’Israël et les États-Unis ont déclenchée contre l’Iran – guerre qui n’existe pas, d’une certaine manière, puisqu’elle n’a jamais été déclarée – viole le droit international. De l’avis général, aucune attaque imminente de l’Iran contre ses deux agresseurs ne pouvait la justifier, pas plus en février 2026 qu’en juin 2025. Et aucun des deux belligérants n’agit sous mandat des Nations unies. Circonstance aggravante, pour la deuxième fois, les hostilités

[1] Ayant suivi de l’intérieur la politique française en tant que consultant permanent du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, avant d’en être renvoyé en 2005 parce que, déjà, je pensais mal sur l’Iran, j’ai pu observer l’enfermement mental de la plupart des diplomates, des politiques et des journalistes à ce propos. En 2017, j’ai exposé mes doutes dans L’Impasse national-libérale. Globalisation et repli identitaire (La Découverte), p. 31-134. Deux jours après sa parution, le livre a été cloué au pilori médiatique par deux prestigieux journalistes dans une émission de France Inter, non sans susciter le malaise de sa présentatrice. Je souhaiterais que ces pages soient (re)lues aujourd’hui.

Jean-François Bayart

Politiste, Professeur à l'IHEID de Genève titulaire de la chaire Yves Oltramare "Religion et politique dans le monde contemporain"

Notes

[1] Ayant suivi de l’intérieur la politique française en tant que consultant permanent du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, avant d’en être renvoyé en 2005 parce que, déjà, je pensais mal sur l’Iran, j’ai pu observer l’enfermement mental de la plupart des diplomates, des politiques et des journalistes à ce propos. En 2017, j’ai exposé mes doutes dans L’Impasse national-libérale. Globalisation et repli identitaire (La Découverte), p. 31-134. Deux jours après sa parution, le livre a été cloué au pilori médiatique par deux prestigieux journalistes dans une émission de France Inter, non sans susciter le malaise de sa présentatrice. Je souhaiterais que ces pages soient (re)lues aujourd’hui.