Politique

Municipales : LFI condamné
à la fonction tribunicienne

Politiste

La percée de La France insoumise au premier tour des municipales 2026 mérite d’être regardée de près. Derrière les conquêtes de Saint-Denis, celle, probable, de Roubaix et l’afflux de conseillers municipaux, les chiffres révèlent un recul significatif par rapport aux européennes de 2024 dans la grande majorité des villes. Son ancrage local demeure fragile, et ses élus condamnés à exercer une fonction tribunicienne sans accès aux leviers réels du pouvoir municipal.

La percée des listes de la France insoumise lors du premier tour des élections municipales a été soulignée par beaucoup de commentateurs. Elle est manifeste si on compare les scores du parti de Jean-Luc Mélenchon aux municipales précédentes.

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En 2020, ce dernier avait fait le choix de contourner le scrutin en incitant ses militants à se fondre dans des listes citoyennes et à ne pas mettre en avant l’étiquette LFI. Il s’agissait alors d’éviter de devoir entrer dans des « tambouilles politiciennes » qui auraient obligé le leader Insoumis à rompre avec sa ligne populiste. En conséquence, une seule ville de plus de 9 000 habitants fut conquise (Faches-Thumesnil, dans la proche banlieue de Lille).

En 2026, la stratégie a changé et LFI a fait le choix de partir à la conquête de nombreuses villes sous ses propres couleurs (toutes les villes de plus de 100 000 habitants et 85 % de celles de plus de 30 000) et avec son propre programme. L’objectif était clair : mettre un terme à l’hégémonie locale de ses « associés-rivaux » socialistes, écologistes et communistes et être en position de force pour la présidentielle et les législatives de l’an prochain.

Compte tenu des performances électorales de Jean-Luc Mélenchon en 2022 et de la liste conduite par Manon Aubry aux élections européennes de 2024 dans beaucoup de métropoles et dans leurs banlieues proches, le pari avait de fortes chances de se révéler gagnant. Et ce, d’autant plus que LFI pouvait désormais compter sur un réseau de groupes d’action bien plus structurés qu’en 2020 et sur ses députés, cinq fois plus nombreux qu’il y a six ans.

L’analyse plus détaillée des scores de LFI conduit à relativiser cette « success story ».

Le pari a-t-il été tenu ? Oui, si l’on en juge par la conquête, dès le premier tour, en alliance toutefois avec le PCF, dont ce fut un fief inexpugnable de 1944 à 2020, de la plus grosse ville d’Île-de-France après Paris : Saint-Denis, et au gain très probable de Roubaix. Oui également, si l’on


Frédéric Sawicki

Politiste, professeur de science politique à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP-CNRS)