Un ange passe – sur Nocturne (Parade) de Phia Ménard
Dans le film Le Tambour de Volker Schlöndorff, sorti en 1979 et adapté du roman du même nom de Günter Grass publié vingt ans plus tôt, un petit garçon, Oskar, révolté par le monde des adultes, refuse de grandir sous le régime nazi dans lequel il a eu le malheur de naître. Afin de conserver son regard intransigeant d’enfant, il dégringole volontairement dans les escaliers de la maison familiale, geste d’autosabotage qui bloque sa croissance.

Tout au long de son existence, son petit tambour rivé à son cou lui sert de membrane pour battre la mesure de ses émotions, au diapason des événements qu’il traverse, et son cri strident brise à la fois les tympans et le verre, telle une sirène de la mauvaise conscience.
C’est Phia Ménard qui me fit découvrir ce film, alors qu’elle-même travaillait à son prochain spectacle Nocturne (Parade) et que cette question – comment vivre au temps des salauds, pour reprendre l’expression d’Hugues Jallon[1] – devenait sans cesse plus pressante. Lors de l’une des scènes de parade – mais l’une de ces parades aux couleurs du IIIe Reich incarnant cette « esthétisation de la politique », dont Walter Benjamin a montré qu’elle était une conséquence du fascisme –, alors que les dignitaires se pressent à la tribune, le rassemblement, faisant la part belle aux étendards couverts de croix gammées, est gâché par l’arrivée de trombes d’eau : tout le monde déguerpit à mesure que le terrain se transforme en champ boueux. Je songeais, en visionnant cette séquence, que, comme l’a souvent mis en forme Phia Ménard au sein de ses œuvres, à la fin c’est la matière qui gagne – leçon d’humilité s’il en est, toujours bonne à rappeler.
Avec cette nouvelle pièce, elle renoue avec le cycle des « Pièces du vent », et retrouve la piste circulaire des spectacles emblématiques de la compagnie : L’Après-midi d’un foehn (2008), titre renvoyant à l’incontournable œuvre de Claude Debussy et au vent transalpin nommé « foehn », dont les effets, selon certaines études
