Savoirs

John Borneman : « Nous avons besoin d’une ère de Lumières vertes, et non pas sombres »

Anthropologue

Dans le prolongement de son récent article pour AOC, Frédéric Keck s’entretient avec son collègue John Borneman, un anthropologue au parcours singulier – des fermes du Wisconsin aux terrains syriens – qui réaffirme ici la pertinence de la notion « Lumières vertes » et plaide pour la nécessité d’une approche psychanalytique pour comprendre le climat politique allemand actuel.

John Borneman vit entre Princeton, où il a enseigné l’anthropologie, et Berlin, où il a fait des enquêtes de terrain depuis les années 1980. En commentant le débat européen sur les « Lumières sombres », idéologie commune à un certain nombre d’acteurs proches de l’administration Trump, il revient sur son livre récemment paru chez Hau Books, I Was Married to a Horse, and Other Tales of an Accidental Anthropologist. Ce livre analyse les attachements inter-spécifiques et les moments de transformation dans la construction du moi en discussion critique avec les « Lumières vertes » F. K.

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Comment interprétez-vous le débat français autour des « Lumières sombres » ? Avez-vous constaté le même accueil en Allemagne ? 
Il existe de nombreux lieux de débat en Allemagne, mais ils restent cloisonnés et sans lien entre eux. Par exemple, la Literaturhaus de Berlin propose des lectures d’auteurs majoritairement allemands, parfois d’écrivains français ou italiens de renom, mais aucune littérature alternative n’y est présentée. Il y a aussi le Hopscotch, un lieu organisé par des personnes du monde entier : principalement des Sud-Asiatiques, mais aussi des Turcs et des Arabes. Les discussions s’y déroulent généralement en anglais. Je n’ai entendu parler d’aucune discussion sur les « Lumières obscures » dans ces lieux alternatifs. Le principal obstacle à la discussion de cette idée est le climat politique en Allemagne depuis les événements de 2023 à Gaza. Il est impossible en Allemagne de discuter d’Israël comme d’un État fasciste, car l’accusation d’antisémitisme est utilisée comme prétexte pour étouffer les débats et même licencier des universitaires et des journalistes. Peter Thiel est évoqué ici, parce qu’il est allemand et que les médias ont largement couvert son parcours intellectuel.

Voulez-vous dire que le lien entre fascisme, nazisme et antisémitisme en Allemagne est tellement noué qu’il est impossible d’associer Peter Thiel, dont l’idéologie de l’accélération technochr


Frédéric Keck

Anthropologue, Directeur de recherche au CNRS

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